Article réalisé à partir d’une clé Steam fournie par Koch Media. Le titre a été testé sur PC (Core i5-2550k, 8 Go de RAM, GeForce GTX 970 4 Go).

Vingt-deuxième épisode de la série des Atelier, Atelier Ryza 2 est, comme son nom l’indique, la suite du premier volet des aventures de Reisalin Stout  et sa bande. Loin d’être une nouvelle licence, c’est néanmoins un petit baptême du feu pour le studio Gust. En effet, bien qu’habitué à réemployer ses anciens protagonistes sous forme de personnages secondaires, c’est la première fois que le développeur japonais met à nouveau une figure connue sur le devant de la scène. Il est vrai que l’engouement autour des aventures de Ryza dans fut l’un des plus importants rencontrés par la série. Il était donc logique que le studio nippon redonne sa chance à l’alchimiste en micro-short. Forte de sa nouvelle localisation en français, la formule est-elle toujours efficace ou est-ce la goutte qui fait déborder le chaudron ?

Reisalin, c’est ma copine

En bonne suite logique, Atelier Ryza 2, se déroule trois ans après les événements de l’île de Kurken. On retrouve Ryza, officiant désormais comme enseignante, approfondissant ses recherches alchimiques, mais séparée de ses amis partis poursuivre leur rêve. Ses journées sont devenues bien monotones, les quelques relations épistolaires qu’elle entretient avec ses anciens compagnons ne la satisfont plus. Aussi, quand elle reçoit une lettre de Tao, désormais étudiant à la capitale d’Ashra-am Baird, mentionnant la découverte de ruines mystérieuses entourant la cité, son sens de l’aventure carillonne. Le hasard fait bien les choses, l’aristocrate Moritz lui confie une gemme mystérieuse dans le but d’en découvrir l’origine. Heureuse d’avoir un prétexte pour réunir la troupe, Reisalin Stout décide de traverser l’océan et de se rendre en ville.

La complainte des 99 Elixirs

Comme de coutume pour la licence, Atelier Ryza 2 est donc un J-RPG pastel au ton léger, où l’on part à l’aventure entouré de ses amis, dans lequel même les bandits ne sont pas vraiment mauvais et où l’on évite au monde un sort funeste dans la joie et la bonne humeur. La recette est toutefois sensiblement différente de la plupart des titres de sa catégorie. En effet, elle rend leurs lettres de noblesse à tous ces bons vieux objets que le joueur lambda a pour habitude de laisser moisir dans son inventaire “au cas où”, la plupart du temps jusqu’aux crédits de fin. Ici, pas de faux-fuyant, les sorts de soin n’existent pas. La survie de nos aventuriers repose sur l’utilisation de Cristal Fondamental permettant d’utiliser leurs objets sans les consommer. Heureusement, toute campagnarde facilement impressionnable qu’elle soit, Ryza n’en reste pas moins un aventurière expérimentée et versée dans les arcanes de l’alchimie, un procédé magique lui permettant de fabriquer à peu près n’importe quoi en mélangeant les ingrédients adaptés dans son chaudron. C’est donc naturellement à elle que revient la lourde tâche d’amasser les ressources et de s’occuper de la fabrication de l’attirail servant à assurer des expéditions fructueuses à son groupe.

Le pugilat des étoiles

Si le fil rouge scénaristique de Atelier Ryza 2 est principalement centré sur l’exploration des ruines mystérieuses, la structure du titre se déroule autour de quatre grands préceptes fondamentaux. Tout d’abord, les combats, nombreux même si aisément esquivables. Tout le sel des escarmouches de Atelier Ryza 2 repose sur un simili temps-réel basé sur une chronologie et sur l’accumulation de divers points. Le joueur ne contrôle qu’un personnage à la fois et peut passer de l’un à l’autre à la volée en une pression de gâchette, le reste de son groupe étant géré par l’IA. Les parades réussies et les attaques physiques permettent d’engranger les Points d’Action, nécessaires à l’utilisation des compétences spéciales. Ces capacités, en plus d’être bien plus dévastatrices que les frappes basiques, peuvent s’enchaîner jusqu’à épuisement des PA pour générer des combos augmentant les dégâts de façon spectaculaire, tout en générant une unité de Charge Fondamentale et en allongeant la Jauge Tactique que l’équipe à chaque utilisation. Une jauge mieux remplie, et les combos physiques s’allongent et la réserve maximale de PA s’agrandit. Les CF engrangés, eux, permettent d’utiliser un ou plusieurs objets stockés dans son Cristal Fondamental, y compris hors de son tour, au prix d’un retard sur la frise chronologique.

Matérialisme 101

Comme dans tout bon J-RPG qui se respecte, les combats restent un passage obligatoire pour faire évoluer ses personnages. Atelier Ryza 2 ne déroge pas à la règle, mais opère un changement de paradigme au niveau de l’équipement. Et d’ailleurs c’est précisément à ce niveau qu’interviennent deux autres des autres clés de voûte principales de la série des Ateliers : la récolte et l’alchimie. En plus du butin obtenu sur les monstres, le monde regorge de ressources naturelles. Plantes, minerais, bois, poissons, tout est disponible en profusion pour qui daigne faire un petit crochet et perdre quelques secondes. De plus, divers outils viennent progressivement enrichir l’arsenal du joueur, lui permettant de récolter de nouveaux composants. Frapper un arbre avec son bâton en fera tomber les fruits, alors qu’une serpe en décrochera l’écorce et une hache le débitera en rondins. L’exploration des zones du jeu est une chasse au trésor sans cesse renouvelée, en plus d’être l’occasion d’éprouver les nouvelles capacités d’exploration de Ryza, qui peut désormais nager, franchir divers obstacles à l’aide d’une corde magique ou encore utiliser une monture.

Échange équivalent

Une fois la réserve copieusement garnie en composants divers et variés, on a fatalement envie de jouer à l’apprenti alchimiste. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que pour les joueurs tombés dans le chaudron du theory crafting ou de l’artisanat des jeux vidéo, Atelier Ryza 2 remplit toutes ses promesses. Riche et profond, le système de boucles et d’héritages du premier opus est conservé, offrant une grande souplesse lors de la sélection des ingrédients pour synthétiser un objet. Et pour les plus flemmards, il est tout à fait possible de l’automatiser. On retrouve également la Transformation, débloquant de nouvelles recettes en incorporant de nouveaux matériaux à celles déjà connues. À noter également la présence d’un tout nouvel arbre de compétences, regorgeant à la fois de précieuses formules alchimiques et de capacités passives augmentant la productivité des phases de récolte et de synthèse. La confection d’objets se voit de plus enrichie par plusieurs nouveaux sous-systèmes, permettant d’améliorer d’anciennes créations ou de modifier les éléments et les propriétés des boucles. Le bébé de Gust prêche pour sa paroisse : inutile de changer les bases d’une recette qui fonctionne quand il suffit juste d’y incorporer quelques nouveaux ingrédients pour l’améliorer.

Élémentaire, mon cher Tao

Dernier des quatre piliers de Atelier Ryza 2, l’exploration de ruines faisant office de donjons ponctue toujours la trame principale. Ces antres antiques ont fait peau neuve depuis le premier opus. S’ils recèlent plus que jamais de nombreux matériaux de qualité et monstres puissants, une boussole acquise au début de l’aventure permet désormais d’en mettre à nu les secrets. Les ruines comportent toutes des barrières limitant la progression, mais également les indices permettant de les franchir. Leur déroulement change donc sensiblement, puisqu’il ne sera plus seulement question d’en arriver au bout, mais aussi de les explorer de fond en comble afin de glaner les informations nécessaires à la résolution de puzzles. Chaque énigme élucidée octroie au joueur divers bénéfices, comme des points à dépenser dans l’arbre de compétences ou des formules alchimiques nécessaires à l’activation des mécanismes propres au donjon qui l’héberge. Toujours très simples, ces séquences ajoutent une (très) légère pointe de réflexion, et ont le mérite d’être une façon pertinente et rafraîchissante d’inciter le joueur à se plonger dans le passé des ruines. Mais que les amateurs de bagarre se rassurent, les combats de boss ne sont pas aux abonnés absents pour autant, bien au contraire.

Un chaudron pas si magique

Malgré une boucle de gameplay addictive, une direction artistique colorée couplée à une OST d’excellente facture, tantôt sucrée et enjouée, tantôt épique et dramatique, Atelier Ryza 2 n’est pas le jeu parfait. À commencer par sa technique globalement désuète, avec son aliasing prononcé et son framerate parfois asthmatique durant certaines séquences en ville ou dans les zones les plus vastes. Rien qui ne puisse faire fléchir la volonté de l’amateur de J-RPG moyen, rompu à toutes les concessions depuis longtemps, mais le titre porte également les stigmates d’autres tares plus gênantes. Narration légère et personnages candides oblige, la tonalité de l’aventure est très particulière. De plus, son rythme est particulièrement hachuré par les très nombreuses cinématiques qui se déclenchent à chaque coin de rue et pour les raisons les plus futiles qui soient. La localisation française, correcte sans plus, agace aussi régulièrement de par ses imprécisions . Si elle n’empêche pas la compréhension globale de l’intrigue, il en est autrement dans les nombreux tutoriels du jeu, souvent trop succincts pour appréhender correctement certains éléments de gameplay, à plus forte raison quand on doit en plus composer avec une ergonomie parfois lourde. Enfin, impossible de ne pas parler de la courbe de difficulté du titre, qui se permet d’atteindre des sommets sur certains boss et qui ne manquera pas de décontenancer violemment les joueurs qui ne viennent pas sur un Atelier pour souffrir.

Conclusion :

Si Atelier Ryza 2 : Les légendes oubliées & le secret de la Fée peinera à contenter les inconditionnels de grandes épopées épiques aux twists ravageurs, les autres, ceux qui viennent prendre leur dose de Fantasy légère au ton feel good assumé en auront largement pour leur argent. Avec ses combats dynamiques, son exploration sans prise de tête et son système d’alchimie d’une profondeur insondable, le titre propose des mécaniques bien huilées, parfaitement à même de pousser les joueurs à plonger le nez dans le chaudron des heures durant. Mais qu’on ne s’y trompe pas derrière une apparence à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession, le titre sait aussi montrer les crocs au travers de combats de boss parfois âpres et à la limite du punitif. Pour les accros du craft qui n’ont pas peur de prendre quelques mauvais coups, le dernier-né du studio Gust perfectionne la formule de son aîné et s’impose comme un titre sympathique, sans prétention et fort agréable à parcourir.

 

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Trailer du jeu :