Article réalisé à partir d’une clé PS4 fournie par Koch Media.

Encore méconnue récemment, la série des Fallen Legion issue du studio indonésien Yummy Yummy Tummy a néanmoins connu une nette progression question visibilité auprès du grand public, avec la sortie sur Switch d’une compilation réunissant les deux premiers épisodes initialement parus sur PS4 et Vita. Le dernier né, Fallen Legions Revenants, entend donc désormais bien entrer dans la cour des grands, et propose aux joueurs de replonger dans cet univers sombre et fétide à la tonalité si particulière. Après les deux opus jumeaux précédents intéressants mais imparfaits, est-ce que ce nouvel opus parvient à concrétiser les rêves de ses jumeaux de grands-frères, ou s’avère-t-il encore une fois trop hermétique et bancal ?

Welkin Dead

Fallen Legion Revenants se déroule dans un monde ravagé, recouvert de miasme toxique et peuplé de créatures hostiles, dans lequel les quelques humains survivants se voient contraints de former une micro-société, reclus derrière les murs de Welkin, une immense prison-forteresse flottante placée sous la coupe du tyrannique sorcier Ivor. Les objectifs de Lucien, un jeune politicien charismatique, et de Rowena, ancienne chancelière d’Ivor injustement exécutée et revenue d’entre les morts sous forme spectrale, vont alors converger. Lui souhaite renverser l’ordre établi mais est impropre à assurer sa propre sécurité en dehors de l’enceinte du château, tandis qu’elle désire sauver son fils des griffes du mage maléfique et s’avère capable de contrôler les Exemplars, les âmes des héros tombés au champ d’honneur. Apte à combattre les démons qui rôdent au-delà des murs, Rowena décide donc d’épauler Lucien afin de lui permettre de gagner suffisamment en influence pour renverser Ivor et épargner à sa progéniture un destin aussi funeste que le sien.

La menace fantôme

Fallen Legion Revenants est donc un titre dont la structure repose intégralement sur ses deux protagonistes aux rôles et capacités bien distincts. Déjà décédée, et néanmoins capable d’interagir avec son environnement, Rowena a en outre la capacité de se défendre efficacement. C’est donc logiquement elle qui hérite de la lourde tâche de s’aventurer dans le monde extérieur lorsque le besoin se présente. Heureusement, elle peut compter sur son escadron d’Exemplars pour oblitérer les menaces qui ne manqueront pas de se dresser sur sa route. Dans les faits, le joueur ne gère pas ses déplacements à proprement parler, sa progression est automatique et ne se trouve interrompue que par la rencontre avec quelques rares survivants en piteux état ou avec des entités maléfiques issues du miasme. Dans les deux cas, l’issue de la rencontre se solde la plupart du temps par un combat, ayant lieu en semi-temps réel et où chaque membre de l’équipe est associé à l’un des quatre boutons de façade. À ce stade de la lecture, les vieux de la vieille devraient avoir deux mots qui leur viennent immédiatement à l’esprit : Valkyrie Profile.

La sorcière qui Freya son chemin

En effet, Fallen Legion Revenants puise clairement ses inspirations pugilistiques dans le titre de tri-Ace mais n’hésite pas à y apporter sa petite touche. Une simple pression sur le bouton correspondant à l’un des Exemplars déclenche son attaque normale, tandis qu’une pression conjointe de gâchette lui permet d’avoir recours à sa capacité spéciale et d’impacter le positionnement adverse. Frapper un ennemi à répétition, si possible en ciblant ses sensibilités, permet de grignoter ses points de vie mais également une jauge qui, une fois réduite à néant, laisse l’opposant sans défense un court instant. Savoir se retenir pour mieux en profiter est essentiel, puisque solliciter un Exemplar pioche dans sa réserve de points d’action qui se régénère avec le temps. De son côté, Rowena peut également compter sur ses sorts d’attaque ou de soutien pour faire pencher la balance en sa faveur. La défense n’est pas non plus en reste et repose intégralement sur la capacité du joueur à exécuter des parades parfaites, à même de renvoyer les projectiles et de grandement mitiger les dégâts encaissés, et à correctement positionner ses troupes pour esquiver les debuffs ennemis et tirer parti des sorts alliés. Le timing et la modération s’avèrent donc être des composantes primordiales à intégrer dans sa stratégie. Déjà complexes à appréhender, ces bases se voient enrichies au fil de la progression à travers l’obtention de nouvelles compétences et de pièces d’équipement ou le recrutement d’Exemplars.

Lucien de la casse

Tout inutile au combat qu’il soit, Lucien n’est pourtant pas en reste et démontre son utilité autrement qu’au travers de ses muscles. C’est à lui que revient la direction globale des opérations visant la destitution du tyran. En tant que digne représentant du FC Grocervo de Fallen Legion Revenants, son esprit, son éloquence et sa furtivité lui permettent de tirer son épingle du jeu en mettant la main sur de nombreuses informations et en s’attirant les faveurs de ses concitoyens confinés. Afin de gravir les échelons de la hiérarchie sociale de Welkin, il doit toutefois consentir à rendre de nombreux services aux autres habitants de la forteresse et tisser des alliances avec certains, quitte à en froisser d’autres. Qu’il s’agisse de négocier des votes, de décider d’envoyer Rowena détourner un convoi alimentaire au profit d’un personnage plutôt qu’un autre ou encore d’aiguiller l’itinéraire de sa complice spectrale vers un lieu donné, chaque choix a ses répercussions tôt où tard, impactant les dialogues ou même certains lieux traversés. Malheureusement pour les cœurs sensibles, ces phases de dialogues et d’investigation interviennent fréquemment au beau milieu de l’action des combats et, logiquement au vu de l’urgence de la situation, exigent de faire des choix en temps limité. On remercie néanmoins le chronomètre qui concède gentiment de prendre sa pause clope durant les dialogues.

Légion d’horreurs

Avec son système riche, sa direction artistique qui ne manquera pas d’interloquer les fans de la saga Castlevania, son OST sympathique bien que vite redondante et ses idées originales, on pourrait donner le bon Dieu sans confession à Fallen Legion Revenants. Toutefois, de sérieux nuages viennent assombrir considérablement le tableau. À commencer par de nombreux errements techniques assez étranges, comme par exemple certaines animations de personnages qui ne se déclenchent pas durant les cutscenes ou la nécessité de presser plusieurs fois un même bouton pour initier un unique dialogue. Couplés à un manque de mise en scène flagrant et une narration confuse, ces fréquents bugs contribuent grandement à sortir le joueur de l’expérience durant la vingtaine d’heures nécessaires pour en voir la conclusion. Et malheureusement le constat sera encore clairement aggravé pour les non-anglophiles, au vu du champ lexical soutenu qu’emploie le titre. Pour illustrer un peu, dans Fallen Legion Revenants, on ne dit pas “Nice to meet you”, on dit “I’m delighted to make your acquaintance”. Enfin, et malgré toutes ses mécaniques de combat, la personnalisation de son escouade reste finalement très limitée, empêchant de fait de varier réellement les approches. Les échauffourées finissent toutes par se ressembler énormément, et s’avèrent souvent trop chargées et trop peu lisibles pour permettre au joueur de mettre en place des stratégies posées et maîtrisées. 

Conclusion :

Pétri de bonnes intentions et doté d’idées originales, Fallen Legion Revenants s’avère être un titre intéressant à bien des égards, mais qui pêche par manque flagrant de finitions et d’équilibrage. Son système, riche sur le papier, s’avère malheureusement un peu trop limité pour tenir sur la longueur, apportant une redondance certaine à un titre déjà répétitif par essence. Et ce ne sont pas les séquences d’investigation et de dialogues, bien trop austères pour leur propre bien malgré une note d’intention évidente au niveau de la direction artistique, qui seront à mêmes de rompre la monotonie, tant l’immersion dans cet univers pourtant attrayant de prime abord se voit constamment complexifiée par des problèmes techniques, un anglais très soutenu et un manque de clarté scénaristique. Fallen Legion Revenants n’est pas fondamentalement un mauvais jeu, mais pour profiter de ses charmes, il faut être prêt à passer l’éponge sur bon nombre de problèmes agaçants.

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Trailer du jeu :