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The Legend of Zelda : Link’s Awakening

Vingt-six ans. C’est le nombre d’années (et de piqûres de rappel quant à notre propre mortalité) qui nous séparent de la sortie initiale de Link’s Awakening sur la toute première portable de Nintendo. Reconnu aujourd’hui comme l’un des tout meilleurs opus de la série, le titre aura connu une gestation assez particulière. À la base développé sur son temps libre par Kazuaki Morita comme un test d’adaptation sur Gameboy du légendaire A Link to the Past, l’émancipation aura finalement été radicale. En résulte un épisode unique, en marge de l’univers habituel, qui a marqué au fer rouge toute une génération de joueurs. Autant dire qu’un One More Thing sous la forme de la diffusion, lors du Nintendo Direct du 13 février dernier, d’une première bande-annonce d’un remake, débutant sur une version modernisée de la désormais culte séquence d’introduction du titre, ne pouvait qu’avoir un effet boeuf sur l’assemblée. Effet pourtant amoindri pour une partie du public lorsque la nouvelle direction artistique effet plastique fut révélée. La nostalgie et les souvenirs sont-ils à la hauteur du mythe, un quart de siècle plus tard ? Aurions-nous dû restés blottis confortablement dans dans un rêve plutôt que de nous frotter à la réalité ?

La vie parfois fait plouf

Dans la famille des jeux d’aventure s’ouvrant sur le naufrage de leur protagoniste, celui de Link’s Awakening est certainement l’un des plus emblématiques. Au beau milieu d’une mer déchaînée, les éléments font rage. Pris dans cette brutale tempête, notre héros à bord de son frêle esquif lutte de toutes ses forces pour se maintenir à flot. Mais Mère Nature a le dernier mot et foudroie le mât du navire, le réduisant en pièces et laissant un Link inconscient s’échouer sur une plage inconnue. Bienvenue sur Cocolint, îlot volcanique au sommet duquel trône un gigantesque oeuf mystérieux et dont notre héros devra percer les secrets pour avoir une chance de rentrer chez lui.

Onirique et Morty

Si cet opus a autant marqué les joueurs à l’époque, c’est en premier lieu pour le caractère incongru de son aventure. Il s’agit en effet de l’un des rares épisodes à oser prendre de la distance avec les canons de la licence. Ici, pas de princesse Zelda à sauver, de Ganon à défaire, ni même de quelconque mention de la Triforce. Tout le folklore habituel passe donc à la trappe au profit de têtes pas forcément toutes nouvelles. Si la grande majorité des personnages secondaires sont inédits et relativement classiques, Nintendo s’est autorisé quelques petites excentricités en ponctuant régulièrement l’épopée de références à ses autres créations et plus particulièrement à l’univers de Mario. Ne vous étonnez donc pas de croiser Goombas, Chomps et autres plantes carnivores au fil de vos pérégrinations insulaires. Un agglomérat qui peut sembler anodin de nos jours, Smash Bros ayant rendu la chose triviale et le constructeur lui-même jouant désormais bien souvent la carte des univers parallèles-mais-étendus-quand-même, mais à l’époque cette tambouille avait fait son petit effet, surtout compte tenu de certaines implications scénaristiques sur lesquelles nous ne nous étendrons pas ici, remake ou non. Restons courtois. Reste que l’ensemble fonctionne encore parfaitement aujourd’hui, procurant une sensation de doux décalage pas désagréable.

  

La planète des songes

Pour ce qui est de la partie gameplay, néanmoins, si on retrouve une part d’exubérance à travers quelques passages de plateforme en deux dimensions, on reste plutôt sur une formule à l’ancienne, carrée et classique, pourvue d’une vue de trois-quarts, respectant à la lettre l’oeuvre d’origine. Que les joueurs échaudés par l’absence de réels donjons traditionnels d’un Breath of the Wild se rassurent, ce sont pas moins de huit dédales (plus un bonus) truffés de pièges et d’énigmes parfois retorses qu’il faudra découvrir, puis explorer, afin d’en arracher un objet venant enrichir votre inventaire, élargissant à la fois les capacités et le périmètre d’exploration de notre avatar, ainsi qu’un des huit instruments de musique à rassembler pour mener la quête à son terme. Jeu portable oblige (on parle d’un titre commercialisé sur des cartouche de quatre mégas), ne vous attendez pas à des structures labyrinthiques démesurées. Mais si l’île et les donjons qu’elle abrite se révèlent dans l’ensemble très compacts, difficile de ne pas reconnaître leur richesse et leur ingéniosité, encourageant toujours à l’expérimentation et à la découverte. En résulte une aventure parfaitement rythmée de bout en bout et très concise, allant à l’essentiel en toute circonstance, mais qui peut se boucler très rapidement, à plus forte raison quand on est un vieux roublard qui connaît déjà Cocolint comme sa poche.

Cocolint, la passion de la finesse

Ce succinct tour du propriétaire effectué, penchons nous désormais sur la partie croustillante de cet article, la question qui brûle les lèvres du joueur avide de connaissances : sommes nous en présence d’un remake qui mérite nos deniers durement farmés le long de nos journées à besogner dans le monde réel ? Certes sa nouvelle direction artistique a divisé les foules lors de sa présentation, mais force est de constater que le rendu global est véritablement réussi. Chatoyante et mignonne au possible, ses couleurs chaudes et son rendu plastique évoquent maquettes, dioramas et autres Playmobils de notre enfance. Effet par ailleurs renforcé par l’utilisation pertinente de Tilt Shift, une technique de photographie consistant à flouter les bordures d’une photo de modèle réduit pour mieux le mettre en valeur. La partie sonore, quant à elle, ne démérite pas non plus avec une superbe ré-instrumentalisation du meilleur goût. La plupart des thèmes d’origine se voient donc procurer un souffle nouveau et certains d’entre-eux s’autorisent même à pousser la démarche un bon cran plus loin en subissant une transformation bien sentie qui flattera les tympans délicats des plus mélomanes. “Ça met les poils”, comme on dit dans le jargon. Enfin, la jouabilité du titre elle-même a été considérablement assouplie, profitant du supplément de boutons dont dispose le joueur sur un support plus moderne qu’une Gameboy. De nombreux objets, à l’époque stockés dans l’inventaire et utilisables après assignation à l’un des deux raccourcis, sont désormais directement associés à une touche spécifique dédiée. Ça n’a pas l’air de grand-chose, présenté comme ça, mais l’exploration insulaire s’en trouve nettement allégée en aller-retours inutiles dans l’inventaire, rendant cette cuvée 2019 nettement plus agréable à pratiquer que son homologue d’antan.

Ça fait cher la madeleine

Nous voici rendus à la dernière partie de cet article, et normalement, si vous avez lu l’intertitre (élaboré avec amour) ci-dessus, vous vous doutez bien que nous allons maintenant aborder quelques sujets qui fâchent. Bien souvent, qui dit “remake” sous-entend “contenu inédit additionnel”. Et clairement, à ce jeu, le petit nouveau est franchement du genre à squatter le radiateur au fond de la classe. Grosse mention “meh” aux ajouts apportés à cette refonte, prenant la forme de figurines à collectionner, de compatibilité Amiibo et d’un mode de création de donjons tellement limité et balisé qu’il en devient anecdotique. Avis à ceux que l’idée d’un Zelda Maker aurait émoustillés : vous en rêviez ? Nintendo ne l’a pas fait. Un autre point noir au sujet du titre reste sa technique. Le jeu rame très fréquemment, et très distinctement, notamment pendant les transitions entre deux zones et dans les endroits les plus chargés. Ça ne reste que très ponctuel et ne gêne jamais réellement le plaisir, mais toujours est-il que quand on connaît le soin que Nintendo accorde en général à la licence et qu’on sait de quoi la Switch est capable, on a de quoi se sentir un peu pigeon-frustré. Enfin, reste le sujet de discorde ultime de ce Zelda, le Big Boss capable de stopper à lui seul toute pulsion d’achat déraisonnée : son prix. Vendu plein tarif, malgré un statut de dépoussiérage qui s’assume, exhibant une technique imparfaite et sans réel argument de contenu venant gonfler une durée de vie bien maigre pour quiconque ne cherchera pas à dénicher tous les trésors de cette île, la question s’avère plus que pertinente. À chacun de se faire sa propre opinion, mais visiblement, Nintendo a cru comprendre que l’humeur du slip est à la liesse.

Conclusion

C’est en jouant à Link’s Awakening qu’on se rend compte du chemin parcouru jusqu’à Breath of the Wild. Véritable antithèse du dernier-né de la série, ce remake reste en lui-même un incontournable, à plus forte raison sous cette forme sublimée. L’allègement subtil de certaines lourdeurs de gameplay, sa bande son et son scénario teintés de mélancolie ou encore son relooking chatoyant le propulsant dans les plus hautes sphères des jeux choupinets rendent les pérégrinations insulaires de Link plus agréables que jamais. Même en lui retirant son bon petit goût de madeleine,  Link’s Awakening reste fidèle à ce qu’il était : un jeu au gameplay ciselé, débordant d’ingéniosité et doté d’un rythme haletant du début à la fin. Pour ce qui est de la question du tarif et de la durée de vie, il conviendra à chacun de peser le pour et le contre selon ses propres critères avant de se lancer dans l’aventure. 

 

Trailer du jeu : 

2 réflexions au sujet de “The Legend of Zelda : Link’s Awakening”

  1. Pour les joueuses du dimanche telles que moi, ça colle plutôt bien. Je n’ai jamais réussi à jouer à un Zelda plus de 30 minutes avant je crois, j’ai un niveau Captain Toad pour donner une idée. J’ai tenté celui-là parce que je trouvais les graphismes vachement jolis, je n’ai pas hésité à aller chercher un walkthrough pour me débloquer quand ça coinçait trop longtemps pour éviter de simplement laisser tomber le jeu (saletés de coquillages !!!) et j’ai été très contente d’arriver enfin à finir un jeu de ce type-là. Pour moi avec mon niveau, c’est vraiment un super jeu 🙂

    1. Je te rejoins totalement, j’ai commencé plusieurs Zelda aussi sans jamais en venir à bout mais je trouve aussi que celui-ci est plus accessible. Je ne l’ai pas encore fini (mémoire oblige) mais je sais que ce sera celui au bout du quel j’irai.

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