Japon

En route pour le Japon #3

Pour cette troisième journée, c’est décidé, on se tient à notre programme. Finies les digressions touristiques, le planning sera notre évangile. Un peu de sérieux, que diable. Nous partons donc avec comme objectif une visite du quartier de Yanaka et du Palais Impérial. Et puisqu’aujourd’hui, la diligence est notre credo, on fera également un petit crochet par Shinjuku pour acheter nos FreePass Enoshima-Kamakura, précieux sésames qui nous permettront de naviguer à volonté lors d’une future escapade hors de la capitale. Bon, vous vous en doutez, niveau rigueur, ça a fini par déraper un peu, mais globalement, on s’en est quand même pas mal sortis.

Puisque c’est un programme chargé qui nous attend, nous commençons par aller remplir nos estomacs. Et objectivement, quoi de mieux que de démarrer la journée par un melon pan ? Ça tombe bien, notre hôtel à Asakusa est situé à deux pas de la très animée rue commerçante Nakamise (仲見世商店街), abritant une petite échoppe assez réputée. En pleine journée, les lieux sont bien différents de ce qu’on avait vu lors de notre première soirée à Tôkyô, et les longues ruelles désertes ont laissé place à de sinueuses artères noires de monde. Après quelques minutes de marche noyés dans la foule, nous avons fini par trouver la fameuse boutique, dont le tenancier, pourvu d’un sourire inamovible, semble capable de dire “Bonjour, ça va bien ?” dans approximativement 74 langues. Les melon pan encore chauds étaient excellents, croustillants à l’extérieur et moelleux à l’intérieur. Si vous êtes de passage à Asakusa, il serait criminel de s’en priver.

Une fois nos pâtisseries englouties, nous nous mettons en route pour le nord de la ville, direction Yanaka, LE lieu qui faisait trépigner d’impatience notre petite Sydouce. Pourquoi tant d’entrain ? Tout simplement parce qu’à la lecture d’un manga du même nom, qui parle d’un petit chat vivant dans le quartier éponyme, Sydouce est tombée amoureuse de cet endroit qui regroupe tout ce qu’elle aime (félins, temples, cimetière et quartier historique). Il faut aussi savoir que c’est l’une des rares parties de Tôkyô préservées par les ravages de la seconde guerre mondiale et des séismes du Kantô, où l’on peut admirer un grands nombre de bâtiments anciens et de ruelles typiques. Très différent du Tôkyô tel que l’on se l’imagine vu de l’occident, le quartier nous a donc semblé tout indiqué pour une petite excursion authentique et paisible, placée sous le signe du dépaysement.

Et effectivement, une fois sortis de la gare, nous avons été impressionnés par le contraste entre l’aspect trépidant de l’hypercentre de la capitale et l’atmosphère de plénitude qui émane du quartier de Yanaka. Le temps semble se dilater, et le calme règne, tout juste perturbé par les bruits des quelques véhicules et passants que nous croisons. Après quelques minutes de marche, nous atteignons le Yanaka Reien (谷中霊園), cimetière qui s’étend sur près de dix hectares. D’un point de vue occidental, l’endroit peut paraître un brin étrange pour une promenade, mais de nombreux japonais apprécient l’ambiance et viennent souvent s’y balader. Et pour le coup, on ne peut que les comprendre. Le cimetière est un véritable havre de paix, à tel point que de nombreux chats y ont élu domicile et profitent béatement de la chaleur du soleil, avachis de tout leur long sur les sépultures. Et nous savons tous que les chats sont les experts lorsqu’on en vient à parler de dénicher les meilleurs endroits pour faire une sieste. Nous avons ensuite rejoint la fameuse Sakura Dori (桜通 – rue des cerisiers), l’allée principale du cimetière. Déjà magnifique lors de notre passage (en toute fin d’été, donc), cette rue s’orne d’une multitude de sakura au printemps, arborant fièrement leurs pétales roses. Pour le côté historique également, il est bon de savoir que le dernier shogun de la période Edo, Yoshinobu Tokugawa (1837-1913), y est inhumé.

Nous avons ensuite laissé nos pas nous guider, arpentant les ruelles au hasard, sans itinéraire précis. Nous avons pu admirer et prendre quelques clichés de quelques uns des nombreux temples disséminés dans le quartier. Nous avons ensuite rejoint la rue principale de Yanaka, déjà beaucoup plus animée, où nous avons pris un repas bien mérité dans un de ces petits restaurants de quartier où l’on passe commande à l’entrée, directement sur une borne (une première pour nous). Nous reprenons alors notre exploration du quartier, et traversons la Yanaka Ginza (谷中銀座), la rue commerçante du quartier, flanquée de bâtiments anciens très typiques. Longue d’environ 150 mètres, cette rue regorge de boutiques où la tentation de sortir son porte-monnaie est grande. À force de lèche-vitrine, nous avons fini par céder, et nous avons fini par légèrement maltraiter nos PEL respectifs. Tandis que Firelith a jeté son dévolu sur un yukata, kimono masculin estival, Sydouce, quant à elle, s’est retrouvée bardée d’un petit paquet de souvenirs (parfaitement indispensables) mettant les chats à l’honneur. Et vu le slogan fièrement arboré sur les devantures de certaines échoppes, autant dire qu’elle a eu grain à moudre.

Ce quartier fut une belle découverte et nous ne regrettons pas d’avoir passé autant de temps sur place, même si Sydouce était évidemment un peu déçue de ne pas avoir croisé plus de chats. Comme il était trop tard pour nous rendre au Palais Impérial et que nous nous étions rendus compte que nous avions un tantinet craqué niveau budget, nous avons alors tenté d’établir un plan de bataille plus adapté aux nouveaux paramètres de la situation. L’échange qui s’est ensuivi a ressemblé à quelque chose comme ça :

  • « Bon, on a un peu dépassé les prévisions pour la journée. On fait quelque chose de plus calme ?
  • Oui, on n’a qu’à faire comme ça. Soyons raisonnables.
  • Du coup, une idée, une envie particulière ?
  • Hmmm… Hier, Ronan m’a fait prendre quelques clichés de la Tôkyô Station, on y retourne, histoire que tu la voies autrement qu’en photo ?
  • Ha oui, tiens, bon plan, ça avait l’air sympa ! Mais au fait, c’est pas là qu’il y a la Tôkyô Character Street ? Tu sais, la galerie souterraine, avec les boutiques de goodies Jump, Ghibli, Pokémon et tous les magasins avec les persos des chaînes japonaises ?
  • … si, je crois…
  • … on disait quoi y’a trente secondes, déjà ? »

Autant vous le dire de suite, la Tôkyô Character Street, c’est un peu à la fois l’enfer et le paradis pour les fans de pop culture. On y trouve pléthore de boutiques officielles, dont celles susmentionnées, mais aussi bien d’autres, comme Hello Kitty, Lego et même Snoopy. Pour notre part, nous avons passé le plus clair de notre temps dans le Pokémon Center et dans la boutique Ghibli, où nous avons acheté quelques petites choses absolument indispensables (comme toujours). Cette rue est assez incroyable pour nous, petits occidentaux, puisqu’ici personne ne regarde de travers deux trentenaires couiner devant une peluche Pikachu taille réelle ou se chercher une pochette pour sa carte Suica à l’effigie de ses séries favorites (Gintama pour Firelith et Kirby pour Sydouce). C’est également sous la Tôkyô Station que se cache la Tôkyô Ramen Street (東京ラーメンストリート) où vous finirez la bave aux lèvres devant cette profusion de bouffe japonaise. On peut également y trouver une boutique Kit-Kat , pourvue d’une variété colossale de parfums, certains étant par ailleurs exclusifs à certaines saisons ou régions. À notre grand regret nous n’avons pu l’honorer d’une visite par manque de temps, mais la case est dores et déjà cochée dans le planning de notre prochain séjour.

Sans surprise, le temps de fouiner dans tous les recoins et de faire le tour de la galerie, l’heure de la fermeture avait sonné. Après une rapide escale à l’hôtel afin d’y déposer nos précieuses acquisitions, nous nous sommes remis en route pour Shinjuku, dans l’optique d’acquérir, comme prévu le matin, nos FreePass, les tickets nécessaires pour notre excursion à Kamakura, prévue dans quelque jours. Mais parfois, les astres peinent à s’aligner, et la meilleure volonté du monde ne peut pas faire grand chose contre la réalité. Nous pensions que la station de métro d’Ueno serait notre seule Némésis, mais nous nous fourvoyions lourdement. La gare de Shinjuku est tout simplement gigantesque, et pour cause, il s’agit de la gare la plus fréquentée au monde, faisant transiter en son sein environ 3.5 millions de voyageurs par jour. Rien que ça. Bien que tout y soit relativement bien indiqué, s’y orienter demande un certain temps d’adaptation, mais puisque nous sommes désormais acclimatés et surprenamment compétents nous avons finalement atteint notre but sans trop de peine. Malheureusement pour nous, les bornes de distribution de tickets en avaient décidé autrement et ont refusé d’afficher les pass dans la sélection de tickets disponibles. Perdu pour perdu, puisque nous sommes à Shinjuku, autant se consoler en visitant un peu les alentours. On radote, mais on ne répétera certainement jamais assez que Tôkyô est une ville majestueuse dont le charme est encore amplifié grâce à ses lumières une fois la nuit tombée. Le quartier est un haut lieu d’affaires bouillonnant de vie en journée, et abrite d’immenses gratte-ciels appartenant à certaines des plus grosses sociétés japonaises ainsi que de multiples bars, cinémas et restaurants. Les dimensions vertigineuses des bâtiments sont réellement écrasantes et font de l’endroit un incontournable pour tout amateur de panoramas urbains illuminés. Shinjuku est l’endroit qui ressemble le plus au Tôkyô hyperactif tel qu’on se l’imaginait, et c’est les yeux grands ouverts que nous avons profité du spectacle, le temps d’une trop courte balade.

Car l’heure tourne, et il est déjà temps de rallier la gare la plus proche, sous peine de rater les derniers métros et devoir investir une partie de l’argent des souvenirs dans un onéreux taxi de nuit. Chose qui nous a paru évidemment inacceptable. En chemin vers la gare, nous nous sommes alors confrontés à une autre réalité, à laquelle nous n’étions pas forcément préparés. En traversant une allée faiblement illuminée, nous nous sommes rendus compte qu’elle était peuplée d’un nombre élevé de sans domiciles fixes, se regroupant dans des lieux à l’écart des grands axes afin de passer la nuit à l’abris. Nous ne nous sommes pas attardés plus que de raison, mais la vision de ces allées organisées en sortes de dortoirs nous a forcément laissé un petit arrière-goût amer en bouche. On n’est jamais prêt à être confronté à la misère humaine quand on est plongé au cœur d’une culture et d’un pays que l’on aime autant, mais il ne faut jamais oublier cette réalité.

Finalement, après être revenus à Asakusa, nous faisons un petit arrêt au Konbini situé en face de notre hôtel afin d’acheter de quoi nous sustenter, et ainsi sauver la vie de Firelith, Sydouce étant déjà en train de muter en créature hybride, vague mélange entre un humain cannibale et un zombie, menaçant de lui boulotter un bras si elle n’est pas nourrie dans les dix minutes. Une Sydouce affamée est une Sydouce dangereuse. Un sacrifice d’onigiri plus tard, nous rejoignons notre chambre, où nous dévorons nos victuailles et décidons de retourner une nouvelle fois profiter du Onsen de notre hôtel, qui nous aura décidément été salvateur.  

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