Article réalisé à partir d’une version commerciale Switch fournie par Koch Media.

Nombreux sont les joueurs pour qui le premier Blue Reflection est passé sous le radar lors de sa sortie en 2017 sur Playstation 4. Il faut avouer que Gust, développeur nippon réputé pour ses différentes franchises de JRPG à moyen budget dont notamment la série des Ateliers, n’est pas un habitué des sorties en fanfare. Pourtant, ce premier épisode disposait de quelques belles qualités, comme sa direction artistique ou sa volonté de moderniser la Magical Girl, au delà de la fragilité technique habituelle du studio et d’un côté “#Japon” à même de faire grincer quelques dents. La franchise s’est également permis un petit crochet par la case animation avec Ray, une série introduisant de nouveaux personnages et bâtissant un pont avec une éventuelle suite. C’est d’elle dont il est question aujourd’hui, avec un Blue Reflection : Second Light qui embarque une partie du casting des deux œuvres précédentes dans de nouvelles aventures. Le titre dispose-t-il d’assez d’arguments pour cette fois être enfin sous le feu des projecteurs ?

Last days of summer

Précision pour les retardataires, Blue Reflection : Second Light est un opus pour les fans comme les nouveaux venus, puisque, s’il dispense de nombreux clins d’oeils aux vétérans, il  propose avant tout sa propre intrigue autonome. Sa protagoniste, Ao Hoshizaki, est une lycéenne ordinaire en tout point. Ni particulièrement douée en sport ni franchement érudite en classe, la jeune fille rêve pourtant de devenir quelqu’un de spécial. Mais pour l’heure, ses résultats scolaires médiocres la contraignent à assister à des cours de rattrapage estivaux. Contre toute attente, tout va basculer pour elle à l’instant où elle va mettre le pied dans la salle de classe. Elle se retrouve alors transportée à son insu dans un mystérieux lycée, perdu au beau milieu d’un océan infini et sans aucun moyen de rentrer chez elle. Heureusement, les ressources sont abondantes et Ao n’est pas la seule embarquée dans cette galère, puisqu’elle fait rapidement la connaissance de Rena, Kokoro et Yuki, trois lycéennes elles aussi, mais dépourvues de souvenirs. Plus étrange encore, une nouvelle zone inconnue fait brusquement son apparition à proximité du lycée. Le quatuor décide alors de partir l’explorer dans l’espoir d’y trouver des informations sur leur situation, voire même une porte de sortie. C’est le début d’un long été pour les jeunes filles, qui doivent à la fois comprendre le fonctionnement d’un monde où tout leur est étranger, dompter leurs pouvoirs naissants de Magical Girls, lutter contre des démons belliqueux et découvrir comment retrouver leur vie d’avant. 

Quand Persona flirte avec Sailor Moon

Les joueurs familiers avec la production de Gust confirmeront, le studio affectionne particulièrement les expériences orientées détente, dotées de systèmes de jeu riches et travaillés et  pourvues de fanservice un brin fripon. Blue Reflection : Second Light embrasse allègrement son patrimoine génétique en proposant une aventure légère, alternant entre le quotidien des jeunes filles piégées dans un lycée coupé de leur monde d’origine, saupoudré de phases de “rendez-vous” permettant d’approfondir leurs liens, et l’exploration de donjons basés sur les souvenirs et les émotions des personnages. Le mystère qui entoure la disparition des souvenirs des lycéennes et leur présence dans cet univers improbable, s’il reste le moteur principal de l’intrigue, se place toutefois au second plan d’une narration qui met l’accent sur les interactions et la quête de soi du casting. Quand on le présente aussi grossièrement, ce mélange peut évoquer le travail du studio Atlus, mais dans les faits, la comparaison s’arrête là, tant tout le reste les oppose. Là où un Persona tient plutôt du shônen agressif, aussi bien par son habillage tape à l’œil, sa bande-son qui claque, son challenge relevé et ses thématiques puisant dans les dérives sociales, Blue Reflection : Second Light est plutôt une expérience shôjo. L’aventure se veut accessible, mélancolique, intimiste, bourrée de bons sentiments et bercée par une direction artistique dont la douceur n’a d’égale que la sérénité qui émane de sa bande-son. Et puisque Gust n’aime pas faire les choses comme tout le monde côté mécaniques de jeu, il va de soi que son petit dernier n’allait pas se contenter du service minimum.

La bagarre mais avec des paillettes

Qui dit exploration de donjon de JRPG dit forcément combats, et Blue Reflection : Second Light ne déroge pas à la règle. Heureusement pour nos lycéennes, leur arrivée dans cet univers étrange les a également dotées d’un mystérieux anneau, grâce auquel elles peuvent acquérir des pouvoirs de Magical Girls lorsqu’elles y canalisent leurs émotions. Gust oblige, on reste sur du “girly, mais pas trop”, et on troque (majoritairement) le Sceptre Lunaire contre une panoplie d’armes stylées (cette faux) et tout un éventail d’attaques élémentaires et de capacités de soutien. Et parce qu’il serait dommage de ne pas utiliser tout ce bel attirail, les donjons ont le bon goût de regorger de démons déclenchant un combat par simple contact. Pour tabasser leurs ennemis, la troupe n’a toutefois pas recours aux habituels points de mana ou assimilés, mais à des points d’éther. La réserve de chacune des trois combattantes du groupe (plus un support, capable d’utiliser objets et buffs) est symbolisée par une icône à son effigie progressant le long d’une frise à cinq paliers. Une fois le nombre de points requis atteint, une simple pression sur le bouton associé permet d’ouvrir le panel de compétences d’une demoiselle afin de choisir la façon la plus appropriée de décimer ses opposants. Chaque skill utilisé accélère la génération d’éther d’une fille en plus de lui permettre de “changer de vitesse”, renforçant ses compétences et augmentant la taille de sa réserve, permettant d’utiliser plusieurs compétences d’un seul coup pour la durée du combat. Et petite promo du jour : une troisième vitesse passée, une animation de transformation stylée offerte. 

Quelques grammes de finesse

Dotés de bases aussi solides qu’originales, les combats de Blue Reflection : Second Light n’hésitent pas à empiler les petites subtilités. A commencer par un système de combos, essentiel puisque le compteur de frappes fait également grimper un multiplicateur de dégâts capable de transformer les assauts un peu mous des frêles lycéennes en ogives thermonucléaires. Rarement menacé par les ennemis de base, ce compteur doit toutefois être fréquemment défendu durant les combats de boss, grands utilisateurs d’attaques susceptibles de briser le cumul. Les ennemis, évoluant dans le sens opposé du groupe sur la frise, peuvent également être retardés, voire étourdis, en ciblant leurs faiblesses élémentaires. Concentrer ses assauts au bon moment est donc la clé pour s’assurer un avantage conséquent. Mais cette règle est à double tranchant, une fille un peu trop malmenée retourne en première vitesse et se retrouve immobilisée pendant de longues secondes. Enfin, lorsque les filles atteignent une certaine vitesse, elles peuvent déclencher un duel en un contre un avec les ennemis les plus résistants à force de les rouer de coups. S’ensuit alors une séquence où la Magical Girl concernée doit alors envoyer tout ce qu’elle a tout en prenant soin d’esquiver ou de parer les attaques. L’échec est synonyme de KO, mais une réussite sonne généralement le glas de l’opposant, qui encaisse alors une quantité de dégâts ahurissante. Les escarmouches bénéficient ainsi d’un rythme soutenu, ne s’éternisent jamais plus que de raison y compris contre les boss, et restent agréables, même après les dizaines d’heures qu’il faudra pour venir à bout du titre. Gust déçoit rarement sur cet aspect, mais force est de constater qu’ils se sont surpassés pour leur petit dernier.

Faites le vous-même, mais pas tout seul

Qui dit JRPG dit aussi gestion d’équipe, et là encore Blue Reflection : Second Light préfère faire les choses à sa façon. Contrairement à son prédécesseur, les lycéennes gagnent de l’expérience au fil des combats, y compris celles qui n’y ont pas participé. La montée en niveau ne concerne toutefois que la progression des statistiques du groupe, puisque les nouvelles compétences (passives et actives) dépendent, elles, des Points de Techniques. Pour en obtenir, deux solutions : compléter des quêtes annexes pour les autres lycéennes ou les inviter à des rencards amicaux. En plus d’étoffer la personnalité de l’intégralité du casting, ces rendez-vous sont donc également l’occasion d’enrichir l’arsenal de ses combattantes et d’obtenir des Fragments aux effets variés, les seules pièces d’équipement disponibles dans le jeu. A noter que le fanservice, s’il est bien présent et comporte quelques séquences que les hermétiques au genre jugeront gênantes, s’avère moins appuyé que dans d’autres productions estampillées Gust.  Autre élément crucial du titre, le craft s’avère ici bien plus mis en avant que dans le premier volet de la série. Durant ses pérégrinations dans les Heartscapes, le groupe récolte de nombreux composants qui lui sont utiles pour confectionner divers consommables (buffs ou soins), mais également de nombreuses infrastructures. Non seulement elles s’avèrent essentielles pour faire progresser le scénario, mais elles apportent également quantité de bonus passifs tout en créant de nouvelles opportunités de rendez-vous avec les autres personnages.

Le poids de la légèreté

Doté de systèmes de jeu intéressants, d’une esthétique colorée, d’une bande son apaisante et d’une intrigue légère mais pas déplaisante, Blue Reflection : Second Light s’avère surpasser son aîné en tout point. Toutefois, avant de se jeter la tête la première dans cet océan de plénitude, il convient de noter que quelques nuages gris viennent ternir cette idylle estivale. Premier point auquel les habitués de Gust se confrontent régulièrement, la technique du titre accuse un retard flagrant et sa réalisation globale évoque clairement la génération précédente. Toute inspirée soit-elle, la direction artistique ne suffit pas à camoufler les textures un peu crades, la mise en scène et les animations rigide, les murs invisibles et autres modélisations à la serpe. Autre point immédiatement problématique pour toute une catégorie de joueurs, le jeu n’est disponible qu’en japonais sous-titré anglais, et même si le niveau de vocabulaire nécessaire pour en profiter est loin d’être élevé, l’absence de localisation française porte évidemment préjudice aux joueurs les moins bilingues. Gros élément clivant également, la légèreté du jeu est à la fois sa plus grande force et sa plus grande faiblesse, tout le monde n’ayant pas le même attrait pour les intrigues plus anodines. Et que les amateurs de challenge le sachent, quand on parle d’aventure relaxante, le jeu ne fait vraiment pas semblant et n’oppose tout simplement aucune résistance, même contre les boss. Joueurs énervés, passez votre chemin. Difficile également de tenir rigueur à ceux qu’un peu de fanservice révulse. Même s’il reste ici plus sage que la moyenne, le design juvénile des personnages et certains arcs narratifs peuvent bloquer les réfractaires, surtout lorsque la romance s’en mêle.

Conclusion

Dans le registre des JRPG proposant une aventure relaxante, Blue Reflection : Second Light peut aisément s’enorgueillir de remplir son contrat. Doté d’un enrobage visuel aussi charmant que techniquement imparfait, le dernier né de Gust propose une aventure intimiste, centrée sur les souvenirs et les émotions d’un groupe de Magical Girls en quête d’identité. Mélancolique jusqu’au bout des ongles, le titre jouit également d’une magnifique bande son, faisant la part belle aux pianos harmonieux et aux violons langoureux, pour appuyer son propos avec brio. Pas bien corsé côté challenge, le titre tire ingénieusement parti de ses nombreux systèmes, limpides comme de l’eau de roche et imbriqués intelligemment, pour renouveler son intérêt au fil des heures, autant côté combat que côté gestion. Blue Reflection : Second Light est un titre certes modeste et imparfait, mais qui compense ses défauts par sa ferveur, sa richesse et son charme. Une bonne pioche pour quiconque cherche un jeu-détente, à condition bien sûr de ne pas être allergique à la fois à l’anglais et à quelques séquences et angles de caméras équivoques.

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Trailer du jeu :