Jeux vidéo

Mario Party 10

Destructrice d’amitié depuis 1998, la série des Mario Party a connu son heure de gloire sur Nintendo 64 et a donné ses lettres de noblesse au genre du Party Game. Fédérateur en diable, le concept s’est vu décliné de façon quasi-annuelle, jusqu’à atteindre leur neuvième itération sur Wii, supposée enrayer un certain déclin de la série en remuant certaines de ses fondations. C’est après trois années de farniente que la série nous revient pour occuper la place qui lui est due sur Wii U. Pour le meilleur… et pour le pire ?

« C’est la merguez… merguez party ! »

Petite piqûre de rappel pour les trois du fond qui auraient hiberné jusqu’à maintenant. Mario Party est une sorte de jeu de société version vidéo, chaque tour de jeu étant ponctué par un gloubiboulga de mini-jeux aux concepts variés, débiles et forcément réjouissants, permettant à chacun de tirer son épingle du jeu et (surtout) dans les pattes du copain. L’objectif est simple : progresser sur un plateau constitué de cases bénéfiques ou néfastes, tout en remportant un maximum d’épreuves pour accumuler plus de pièces d’or qu’oncle Picsou, permettant de monnayer l’achat d’étoiles, dont le total final servira à décider du vainqueur. Et s’il est en plus possible de pousser « malencontreusement » vos ex-meilleurs amis dans le ravin, à grands renforts d’objets spéciaux aux couleurs habituelles du Royaume-Champignon et aux effets ravageurs parfaitement injustes, c’est encore mieux.

Le Bon

Autant rentrer dans le vif du sujet directement, Mario Party 10 continue sur la voie ouverte par son prédécesseur (mais en HD, cette fois-ci). Le neuvième épisode paru sur Wii bousculait la formule et redéfinissait l’objectif des joueurs et leur façon de se mouvoir en sonnant le glas à la fois de la collecte d’étoiles et des déplacements individuels. C’est donc la même recette qui est appliquée ici, et tant pis pour ceux qui espéraient un retour aux sources : la victoire se joue à la collecte d’éclats d’étoiles seule et les concurrents arpentent, Wiimote en main, des plateaux de jeu linéaires, ponctués de quelques rares détours, dans un même véhicule progressant au gré des lancers de dés de chacun. Toutefois, ces ajustements n’ont eu qu’un impact minime sur le tempo des parties à l’époque et le constat est toujours valable aujourd’hui. Pire, la linéarité des cinq mondes disponibles, couplée au manque de diversité des options spéciales (remplacés depuis le neuvième épisode par des simples dés spéciaux) ont tendance à diminuer la variété des situations rencontrées. La plupart des choix des participants ne se résume donc plus, pour la grande majorité des cas, qu’à ralentir ou accélérer le véhicule en espérant esquiver un piège, ou pousser le joueur suivant à trébucher dessus à leur place. Si parler de stratégie dans ce contexte peut paraître un brin à côté de la plaque, il est indéniable que le manque d’implication du joueur n’aide en rien le rythme plutôt mou du jeu.

On peut toujours arguer que la qualité d’un Mario Party se jauge à ses mini-jeux, mais là aussi, l’ensemble manque cruellement de profondeur et d’originalité. Pour une douzaine d’épreuves franchement sympa et fourbes (notamment la grande majorité des combats de boss), beaucoup trop sont des concepts réchauffés et redondants. Leur faible fréquence est également problématique, quand on sait qu’ils ne ponctuent plus systématiquement une fin de tour, mais tendent à se déclencher un peu aléatoirement (ou en activant une des cases dédiées, relativement rares). Sur une partie durant une trentaine de minutes environ (et impossible d’en allonger la durée) comptez en moyenne moins de dix affrontements. Et si globalement, l’écart au score entre les joueurs se tient plutôt bien tout au fil de la progression, il tend à se désagréger trop souvent en fin de plateau, lors de la dernière ligne droite, là où les effets abusés pleuvent et peuvent rapidement précipiter un Maillot Jaune dans les tréfonds du peloton. Les joies de l’aléatoire. Reste donc qu’à défaut d’être novateur, l’ensemble se révèle efficace lors des soirées entre amis, en local uniquement, un mode en ligne n’ayant manifestement pas été convié à la fête. Les enfants, probablement plus proches du cœur de cible, ne bouderont également pas leur plaisir devant les musiques à débloquer et autres tampons à collectionner.

La Brute

Passons ensuite à la nouveauté, celle qui vient titiller les spécificités de son support. Jouable jusqu’à cinq, le mode Bowser Party est certainement la plus grosse innovation de cet opus. Ici, plus question de rivalité à quatre axes, les participants sont séparés en deux équipes. Le joueur au Gamepad incarne le célèbre saurien et les autres, dotés de points de vie, font front commun toujours à bord du même attelage. L’objectif est simple : les joueurs doivent fuir pour leur vie vers la ligne d’arrivée tandis que Bowser s’évertue à rattraper le groupe, déclenchant, ce faisant, un des mini-jeux exclusifs à ce mode. Agressifs et déséquilibrés au possible, ces derniers exploitent plutôt agréablement l’aspect asymétrique de la console, et permettent à Bowser de défoncer proprement la réserve de vie de l’équipe Mario, tantôt en soufflant dans le micro du Gamepad pour projeter des boules de feu, tantôt en tapotant négligemment l’écran tactile pour semer mort et dévastation. Malgré un rythme toujours mou, ce mode génère son lot de tension et remplit plutôt bien son office. Au moins un temps, hélas, puisque le faible nombre d’activités (au nombre de dix, seulement) ne permettra pas aux plus gloutons de réellement se caler une dent creuse.

Le Truand

Vient enfin le mode Amiibo Party. Et le problème inhérent qui va avec : il est accessible aux seuls possesseurs d’amiibos (au moins un). En échange de vos deniers, ce mode permet d’à nouveau taquiner le Party Game à l’ancienne : exit le véhicule, bonjour la mobilité individuelle. Et  coucou les étoiles à acheter avec vos pièces, durement remportées au fil des jeux qui se déclenchent à nouveau à chaque fin de tour. Fini également la linéarité, puisque les joueurs les plus fortunés, pour peu qu’ils n’aient aucune pitié pour le blister, pourront composer eux-mêmes leur plateau-circuit à la carte, quartier par quartier, en scannant différentes figurines compatibles. Si sur le papier le menu semble attrayant, il est difficile de ne pas condamner la démarche du constructeur, empêchant quiconque n’est pas repassé en caisse d’accéder à ce mode. Les laissés pour compte se consoleront vite toutefois devant son ergonomie douteuse, le scan de l’amiibo attitré de chaque joueur étant nécessaire à la validation de chacune de ses actions. Oui, toutes les actions.  Jet de dés, roulettes, choix et activation d’objets spéciaux, tout y passe. C’est donc un ballet logistique qui se déclenche à chacun des tours de jeu, entre la validation des actions uniquement sur le Gamepad et le retour à sa manette perso, jusqu’au prochain tour. Autant dire qu’on retournera bien vite tâter du mode classique.

Conclusion

Après trois ans d’inactivité et un Nintendo Land plutôt astucieux et inventif, on était en droit d’espérer le retour de Mario Party à son meilleur niveau. Hélas, on réclamait champagne, petits-fours et robes fendues jusqu’au bout de la nuit, on n’aura droit qu’à Champomy, Curlys et sous-vêtements de tonton Lucien bourré à vingt et une heures. Si les spécificités de la Wii U sont relativement bien exploitées dans le mode Bowser Party, la faible quantité de mini-jeux qu’il propose peine à lui permettre de tenir la distance, ne serait-ce qu’à moyen terme. Le classique Mario Party est quant à lui plombé par un rythme léthargique, de trop nombreux mini-jeux en déficit d’inventivité et la présence un peu trop insistante du hasard. Et si les amiibos permettent aux vieux de la vieille de renouer avec les plaisirs rustiques du déplacement individuel, de la récolte d’étoiles et du méga-champi dans ta face, l’ergonomie globale achèvera le plus placide des moines Shaolin. En clair, s’il reste efficace en famille entre la raclette et le dessert ou parfaitement recommandable pour divertir les enfants pendant qu’on joue à Doom, on ne peut que difficilement conseiller Mario Party 10 à quiconque a connu les joies d’un Champicouleur avec trois potes.

 

Trailer du jeu :

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *