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Persona 5 Strikers

Article réalisé à partir d’une clé Steam fournie par Koch Media. Le titre a été testé sur PC (Core i5-2550k, 8 Go de RAM, GeForce GTX 970 4 Go) et tournait comme un charme en 2K et à 60 images par secondes constantes. 

Débutée sur la première Playstation en 1996, la licence qui n’était à l’époque qu’un dérivé de Shin Megami Tensei a parcouru bien du chemin. Englobant une vingtaine de titres, remakes, spin-offs et portages inclus, Persona est aujourd’hui une série avec laquelle il faut compter. La récente sortie d’un sixième opus principal (Persona 2 comptant double), dont la version augmentée, Royal, est finalement parvenue localisée sous nos latitudes, a par ailleurs définitivement assis son statut en Europe. C’est donc tout naturellement que les Voleurs fantôme nous reviennent aujourd’hui, avec Omega Force aux manettes, pour la suite de leurs aventures mais avec un twist. Exit le tour par tour, il faudra désormais composer avec des combats en temps réel, dans la plus pure des traditions du studio japonais. Mais pour autant, ne faut-il voir en Strikers qu’un Musou Persona-lisé, ou bien est-il plutôt un Persona à la Musou-ce ? 

Last Surprise

Six mois après les événements narrés dans Persona 5, Joker, dont le nom a été blanchi, a pu reprendre sa tranquille vie provinciale, accompagné de Morgana. Leur mission accomplie, les Voleurs fantôme sont désormais dissous, mais les amitiés ont perduré. Les examens sont maintenant derrière eux, les vacances d’été leur tendent les bras, l’occasion est trop belle pour ne pas profiter de cette première vraie période de repos et réunir la troupe. Un plan camping met tout le monde d’accord, les adolescents s’attèlent alors à leurs préparatifs à l’aide d’EMMA, une application proposant les services d’une assistante personnelle ultra-sophistiquée. Mais malheureusement pour nos cambrioleurs, le destin a bien d’autres projets pour eux et va mettre sur leur chemin une jeune styliste, idol à ses heures perdues, en tournée promotionnelle au centre commercial. Une rencontre à l’issue de laquelle une sensation bien trop familière se manifeste : un nouveau Palais fait son apparition. Ou en tout cas, quelque chose qui y ressemble à s’y méprendre. Pas de repos pour les braves, l’heure d’enfiler à nouveau le costume a sonné, pour une ultime mission qui mènera nos héros à travers tout le Japon.

Life will (not) change

Petit cours de rattrapage : Persona 5 Strikers est la suite directe du jeu originel et non de sa version complémentaire sous-titrée Royal. Certains personnages, exclusifs à cette dernière ou qui y ont vu leur destinée sensiblement modifiée, ne figurent donc pas dans ce nouveau chapitre des aventures des voleurs de cœurs. Car oui, il s’agit bien d’une véritable suite à part entière et non d’un de ces épisodes alternatifs, fanservice ou filler dont Omega Force a pu nous gratifier de nombreuses fois au fil des emprunts de licences. La première chose qui frappe quand on lance le jeu est d’ailleurs son respect maniaque envers la série d’Atlus. Que ça soit au travers de sa direction artistique inimitable, son flow musical (attention, remixes de l’amour et petites nouvelles qui comptent bien se faire remarquer)  ou ses longs dialogues, le titre transpire littéralement Persona 5 par tous les pores. Tout est là, jusqu’au moindre petit bip d’une interface toujours aussi stylée. Mais cette adhésion aux codes de la franchise n’est pas que cosmétique, puisque la structure du jeu original est également de la partie. Ainsi, de son auguste aîné, Strikers conserve le découpage narratif par journées, la quasi intégralité des mécaniques de gestion du groupe, et surtout la dualité entre monde réel et exploration de la psyché des opposants par le biais de donjons, désormais appelés des Prisons et soumis à des règles légèrement différentes.

Les Prisons du coeur

En tant que titre co-développé par Omega Force et Atlus, on aurait tendance à cataloguer Persona 5 Strikers comme un Persona Warriors avant même d’avoir posé les mains sur le titre. Les trailers eux-mêmes n’ont d’ailleurs jamais vraiment démenti cette éventualité, sans la confirmer pour autant. Nombreux sont donc les joueurs qui s’attendent à des Prisons reprenant la formule Musou, avec ses vastes champs de batailles interchangeables et saturés de points stratégiques adverses à capturer et d’ennemis à occire en spammant inlassablement les combos les plus efficaces de notre personnage. Autant jouer carte sur table, les amateurs de bourre-pifs risquent d’être déçus. En effet, Strikers s’éloigne drastiquement du modèle habituel afin de coller toujours plus à la patte Atlus. Les Prisons sont loin de n’être que des couloirs surchargés d’opposants. En lieu et place, on retrouve des donjons similaires aux Palais, à l’esthétique inspirée par la psyché de leur Monarque et proposant quelques gimmicks ponctuels. Les ennemis s’y déplacent toujours selon des routes prédéfinies et le système de couverture et d’embuscade reste d’actualité, permettant au joueur furtif de débuter une escarmouche avec un énorme avantage. La grosse différence, c’est que désormais, entrer au contact d’un ennemi n’enclenche plus un combat au tour par tour, mais enferme le joueur et son groupe dans des arènes à la taille réduite, le mettant aux prises avec ses ennemis en temps réel.

Bourre l’arène

En combat, le constat est encore plus flagrant. Si les bases du gameplay de Persona 5 Strikers sont bien celles d’un Musou, avec ses combos constitués d’une succession de coups faibles s’achevant sur une attaque puissante et sa jauge de coups spéciaux, pour tout le reste, c’est bien Persona qui s’exprime. Ainsi, les armes à feu font leur retour et les personae de nos héros font bien évidemment partie de la fête. Ces dernières s’utilisent de deux façons différentes : l’une passive, une persona intervenant automatiquement en complément des frappes normales du joueur, et l’autre active. D’une pression de gâchette, l’action se fige alors et un menu s’ouvre, permettant de sélectionner l’une des compétences de son alter-ego et d’en visualiser la zone d’effet. Les faiblesses et résistances sont également toujours d’actualité : une petite boule de feu bien placée sur un tas de Jack Frost et en avant les All-Out Attacks. Mais c’est surtout au niveau de la densité des packs ennemis que Strikers se distingue du modèle Warriors, de prime abord. Les arènes sont, la grande majorité du temps, bien moins peuplées qu’à l’accoutumée pour un titre signé Omega Force. Les affrontements d’envergure, ceux où le joueur se métamorphose en armée d’un seul homme, font ici plutôt figure d’exceptions, le jeu préférant généralement lui opposer quelques poignées d’ennemis quand ce n’est pas carrément un unique belligérant extrêmement coriace. 

Certains l’aiment chaud

Toutefois, un nombre moins élevé d’opposants ne signifie pas nécessairement une intensité moindre. Les Musou ont pour habitude de privilégier quantité à qualité, en vomissant au visage du joueur une horde d’ennemis jamais très futés, rarement agressifs, faisant plus office de chair à canon entre deux boss. Encore une fois, Persona 5 Strikers cultive sa différence en n’empruntant pas les sentiers balisés par des dizaines de jeux avant lui. Persona oblige, les ennemis sont des démons recrutables par Joker, ce qui sous-entend qu’ils disposent également des mêmes compétences que lorsque le joueur les utilise. Les démons qui peuplent les Prisons sont donc très agressifs, frappent souvent très fort, spamment éhontément leurs attaques spéciales couvrant souvent de longues distances avec des zones d’effet parfois phénoménales et profitent également du système de faiblesses à double tranchant. Qu’on se le dise, la difficulté de Strikers s’avère plutôt relevée, et ce dès le premier donjon, comme si Atlus avait pris peur à l’idée de participer à la création d’un Persona dans lequel le joueur ne verrait jamais l’écran de Game Over. Pari réussi, donc, tant les affrontements ne sont jamais gagnés d’avance et exigent bien plus de vigilance qu’habituellement, sous peine de voir un membre de l’équipe au tapis après seulement quelques coups. 

Prend ton Musou, on s’en va

Mais si Persona 5 Strikers, plus que nul autre Musou avant lui, s’affranchit des codes Omega Force pour mieux véhiculer l’esprit de la franchise d’Atlus, il n’hésite toutefois pas à opérer quelques coupes franches, sans pour autant oublier d’où il vient. Si Persona 5 mettait logiquement moins l’accent sur la vie estudiantine, en raison du statut de paria de ses protagonistes, Strikers, lui, profite de son nouveau cadre pour alléger un certain nombre de ses mécaniques. Les premiers concernés sont bien évidemment les Confidents, réduits à leur plus simple expression. Road trip oblige et les personnages conservant leur passif et leur développement de l’opus précédent, le seul lien à entretenir est désormais celui avec le reste de groupe, permettant au joueur d’investir ses points de lien grappillés à chaque niveau dans tout un panel d’aptitudes passives. Le découpage temporel en journées a lui aussi été remanié, puisque désormais, le temps s’écoule uniquement au gré de la progression scénaristique, et plus à chaque sortie d’une Prison. Plus besoin d’optimiser ses allées et venues dans le Métavers, la contrainte des deadlines n’existe tout simplement plus, le joueur peut désormais sortir se régénérer quand bon lui semble. Mais impossible de s’y tromper, ce n’est clairement pas un luxe, au vu des nombreux combats acharnés, bien longs et véritables gouffres à PC, qui parsèment la route des Voleurs fantôme.

Shut up, and take my heart 

Allégé, Persona 5 Strikers l’est également sur son écriture et ses thématiques. Si les tunnels narratifs sont toujours aussi présents et fréquents qu’avant, force est de constater qu’ils sont aussi plus digestes et ne s’étalent désormais plus sur plusieurs heures consécutives. Libérée de son cadre scolaire, la narration profite également de son contexte pour pousser plus souvent sur le devant de la scène le quotidien d’une bande d’ados entassés dans un van et partis profiter de leurs vacances. Une légèreté qui permet au passage de souligner une localisation française de qualité, dans la même veine que celle de Royal. Le casting est plus attachant que jamais, certains personnages laissés pour compte précédemment (grosse pensée pour Haru, au développement salement balancé sous l’autobus dans P5) ont enfin droit à toute l’attention qu’ils méritent et les quelques nouvelles têtes s’intègrent à la perfection dans le groupe. Si la boucle de gameplay reste, par essence, redondante, et le rythme des tribulations des Voleurs de Cœurs est toujours hachuré, l’expérience se perd beaucoup moins en digressions et s’avère bien plus dépaysante et compacte. 

Persona : Eternal Punishment

Malgré toutes ses qualités, Persona 5 Strikers, n’est évidemment pas un titre qui mettra tout le monde d’accord. Commençons par aborder le cas des Prisons, qui se veulent être des Palais à l’échelle de la ville qui les abrite. Si certaines d’entre elles exigent plusieurs heures d’exploration pour en voir le bout, il faut bien admettre que leurs dimensions restent généralement plus modestes que leurs ancêtres. De même, difficile de ne pas y voir une irrégularité certaine dans leur esthétique parfois fade et leur level design, un peu trop versé dans la linéarité et dans les méandres du levier à activer pour débloquer de nouveaux accès. Dans la même veine, le périple est lui aussi un peu plus tiède, les enjeux scénaristiques étant fatalement moins épiques et pourvus en twists millimétrés et arcs alambiqués. La faute également à des antagonistes moins marquants, dont les mobiles sont certes crédibles, mais qui restent un peu trop calqués sur leur modèle pour leur propre bien. Enfin, la courbe de difficulté peut parfois sembler étrange, tant certaines confrontations pourtant anodines feront couler leur lot de perles de sueur au coin de la tempe, alors que d’autres, pourtant supposées hautement symboliques ne seront qu’une simple formalité, un brin longuette pour cause de sac à PV.

Conclusion :

Bien plus qu’un simple Persona à la sauce Musou, Persona 5 Strikers est bel et bien un nouveau chapitre des aventures des Voleurs fantôme à part entière. Doté d’une personnalité toujours aussi bien trempée, avec sa bande son inattaquable, sa patte graphique percutante et, désormais, ses combats frénétiques, nerveux et exigeants, le titre co-développé par Omega Force et Atlus ne se contente pas de transposer la formule de baston de grande échelle à Persona. Force est de constater que l’expérience, à des lieues du tabassage massif d’ennemis sans la moindre subtilité, se révèle dans la droite lignée de l’auguste licence récemment sortie de sa niche et s’en fait le parfait complément. Il faut avouer qu’il est difficile de dire non à un carton d’invitation provenant d’un des groupes d’ados les plus attachants de la génération précédente. Ils avaient déjà volé notre cœur, et pourtant, ils y parviennent une seconde fois. Ces voleurs sont décidément très forts.

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Trailer du jeu : 

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