Article réalisé à partir d’une version commerciale Switch fournie par Koch Media.

Débutée en 1997 sur Playstation 2, la série des Musou est une véritable dynastie vidéoludique, puisque sa branche principale, Dynasty Warriors, a engendré tout un arbre généalogique de titres basés sur un modèle similaire, mais transposés à d’autres univers. Longtemps destinée à un marché de niche, elle est néanmoins parvenue à obtenir une certaine notoriété auprès du grand public avec ses nombreux hors-série, issus de collaborations avec d’autres franchises réputées. C’est avec Hyrule Warriors, paru en 2014, que la franchise a connu à la fois son explosion en occident ainsi que le début d’une certaine occultation de ses épisodes traditionnels au profit de titres plus orientés fanservice. Sept ans après son dernier opus canonique et trois ans après le tristement célèbre Dynasty Warriors 9, Samurai Warriors, la branche “Japon féodal” du Musou, revient avec un cinquième épisode qui entend bien remettre à plat les fondations du genre et réconcilier les fans échaudés par les récentes expérimentations infructueuses du studio. Mais jouer la sécurité n’est-il pas le pire choix possible pour un genre qui peine justement déjà à se renouveler ? 

Musauce Samurai

Pour ceux qui sont parvenus à passer à côté du phénomène Musou jusqu’à aujourd’hui (chapeau bas, plus de 80 jeux au compteur), commençons par faire un récapitulatif, afin d’expliquer la nature de Samurai Warriors 5. Premier Musou d’une longue série, Dynasty Warriors 2, sorti sur Playstation 2, a posé les bases du concept : aires de jeu cloisonnées, densité frôlant l’absurde d’unités ennemies inoffensives, système de combat aussi simple et répétitif que jubilatoire et frénétique, le tout sur une toile de fond historique puisant ses inspirations dans les guerres des Trois Royaumes. 24 ans plus tard, les fondations restent, mais la lignée a vu son ADN muter à la faveur de ses déclinaisons et de ses nombreux mariages de raison avec d’autres univers. One Piece, Zelda, Gundam, Persona, Berserk, Hokuto no Ken ou encore Fire Emblem sont autant de franchises réputées qui ont eu l’insigne privilège (ou pas) d’être passées à la moulinette du Musou, pour des résultats très variables. Si le bourrinage en règle reste le fil conducteur, les mécaniques se sont régulièrement vues transfigurées afin de coller aux règles en vigueur à domicile. Par exemple, Hyrule Warriors épouse les codes de la saga Zelda en plaçant l’emphase sur l’utilisation des objets et les boss fights, tandis que Persona 5 Strikers propose une narration appuyée et des combats moins démesurés mais loin d’être gagnés d’avance. Toutefois, toute expérimentation n’est pas bonne à prendre, le monde ouvert de Dynasty Warriors 9 fut un échec cuisant, poussant Omega Force à envisager le cinquième épisode de sa série localisée au Japon féodal comme l’opus du retour aux sources. Et en fanfare, s’il vous plaît.

Oda la bagarre

La première chose qui frappe, quand on lance Samurai Warriors 5, c’est sa toute nouvelle esthétique, exhibant des personnages en Cel-Shading flamboyant et coloré du meilleur effet, évoquant le travail abattu par Gearbox sur sa série Borderlands, mais en version weeb. L’habillage sonore et l’interface font également peau neuve, et abreuvent copieusement le joueur de pistes sonores troquant le synthétiseur dominical un peu cheap contre des instruments traditionnels japonais et d’artworks magnifiques (mention spéciale aux estampes qui concluent les attaques Muso). Une franche réussite, d’autant que les personnages se voient ici bien plus caractérisés que de coutume au travers d’une campagne qui se préfère se focaliser sur une période plus courte de l’histoire pour mettre les petits plats dans les grands côté mise en scène. Couvrant les débuts de l’ère Sengoku jusqu’au fameux incident du Honnô-ji, l’histoire narre la jeunesse d’un Nobunaga Oda incandescent, alors simple Daimyô tête brûlée, ambitionnant d’unifier le Japon. Mais la Légende en devenir n’est pas la seule tête d’affiche, puisque Samurai Warriors 5 propose une histoire à double facette et propulse Mitsuhide Akechi, l’homme de la trahison, comme deutéragoniste à cette fresque historique, permettant alors d’apporter un autre point de vue aux événements au fil d’une seconde trame parallèle.

L’Art de la Guerre

Dans les faits, plutôt que d’incarner une volonté de renouveau pour un genre qui a fait ses preuves depuis plus de deux décennies, Samurai Warriors 5 préfère opérer un reboot en douceur, non sans y ajouter sa propre touche. On glisse sous le tapis toute notion de monde ouvert et on revient à des champs de bataille exigus et à un découpage scénaristique sous forme d’un chapitrage en missions. Au début de chaque bataille, le joueur sélectionne deux personnages, entre lesquels il pourra switcher à la volée. Côté gameplay, le titre  repose, certes, sur le sempiternel enchaînement d’attaques faibles conclu par un ou plusieurs coups puissants et les habituelles furies, mais se voit agrémenté de quelques spécificités. Les 37 combattants du casting sont tous pourvus d’une Attaque Fulgurante, permettant à la fois de parcourir une grande distance et d’aspirer les ennemis sur sa route, afin de mieux les regrouper. Ces attaques disposent de leur propre enchaînement qui peut s’interrompre à tout moment pour ouvrir un combo traditionnel. Et évidemment, qui dit “adversaire qui valdingue” sous-entend “candidat idéal pour un repêchage au vol” à l’aide d’une nouvelle Attaque Fulgurante et toutes les misères qui s’ensuivent forcément. On traverse alors les niveaux en poussant son Katamari de cadavres, non sans affoler le compteur de combos comme rarement. Compteur qui n’est d’ailleurs pas que cosmétique, puisqu’il améliore les performances de nos combattants à mesure qu’il croît, en plus d’être, avec le chronomètre et le nombre de victimes, un des prérequis pour décrocher le rang S sur chaque mission. Maintenir son combo est donc un enjeu de tous les instants, rendant l’action plus frénétique et ininterrompue que jamais.

Hope you like my genocide

Comme de coutume pour un Musou, si le moissonnage de soldats par pack de cent reste au cœur des préoccupations, Samurai Warriors 5 n’oublie pas de laisser sa place à la personnalisation. En plus des habituelles montées en niveau et arbres de compétences, les personnages récoltent également des points de maîtrise d’arme à chaque soldat occis. En effet, contrairement à la grande majorité des jeux du genre, le titre ne fait aucune distinction entre les combattants, liant plutôt leur style de combat à l’arme équipée. Il est ainsi parfaitement possible de ne pas tenir compte des préférences de chacun et d’attribuer n’importe quel type d’arme à n’importe qui. Jouer ses waifus et ses husbandos avec le style qui convient au joueur n’a jamais été aussi simple. Améliorer sa maîtrise, en plus d’autoriser l’accès à des armes toujours plus performantes, est aussi l’occasion de débloquer de nouvelles Attaques Ultimes, à attribuer à ses poulains par lots de quatre. Ces techniques spéciales, accessibles en une simple pression de gâchette, sont une addition bienvenue, puisqu’elle permettent non seulement de bénéficier d’une variété de buffs mais aussi de disposer d’attaques permettant de se défaire aisément de nouveaux ennemis, signalés par une aura bleue et capables de réduire à néant les bienfaits d’un combo gras et juteux. Et pour toujours plus de personnalisation, il est également possible de profiter des infrastructures que recèle le quartier général de Nobunaga. Qu’il s’agisse de monter le niveau ou la maîtrise des unités à la traîne, de recycler ses armes et d’en fabriquer des nouvelles ou encore d’obtenir de nouvelles montures, la forteresse est un passage obligatoire pour quiconque ambitionne de mener une vie de massacres et de bohème.

Farming Simulator

Limitées en début de campagne, les infrastructures du QG peuvent être améliorées au travers du Mode Citadelle, se débloquant à l’issue du premier chapitre de l’épopée de Nobunaga Oda. Ce dernier propose au joueur de participer à des missions à durée limitées et dans des arènes plus restreintes qu’à l’accoutumée. Le but est simple : décimer des vagues d’ennemis le plus efficacement, tout en remplissant divers objectifs annexes afin d’obtenir le meilleur score possible. Plus orientées tower defense, ces missions permettent d’invoquer des troupes diverses et variées, du simple bataillon de soldats au groupe de mages ou de ninjas, qu’il est par ailleurs possible de faire monter en efficacité au fil de leur utilisation. À la clé, tout un panel de récompenses (armes, chevaux, or, gemmes, …) suivant les résultats du joueur, mais également les matières premières nécessaires à l’amélioration de la forteresse. Un travail de longue haleine, compte tenu de la quantité de composants à accumuler pour tout améliorer, mais c’est à ce prix que l’on se forge un équipement de Dieu vivant et que l’on transforme ses héros en moissonneuses batteuses à ennemis. En outre, faire participer certains binômes aux combats leur permet d’engranger des points d’affinité, débloquant à terme quelques scènes cinématiques exclusives, rappelant les discussions d’un Fire Emblem. Un bonus sympathique pour les fans.

Musou farci

Action frénétique, personnages charismatiques, direction artistique attrayante et durée de vie plus que conséquente, couplant une double campagne déjà correcte à un mode Citadelle capable de faire grimper copieusement le compteur, Samurai Warriors 5 serait-il l’épisode parfait ? Une question à laquelle nous sommes tentés de répondre à la fois oui et non. D’un côté, parce qu’il cristallise absolument tout le savoir-faire accumulé par la franchise depuis plus de deux décennies, et propose absolument tout ce que les fans de la première heure réclament. Mais de l’autre, il faut bien avouer que la prise de risque est inexistante, ce qui ne convaincra évidemment pas ceux que le genre n’intéresse pas, ou plus. Le titre s’avère toujours aussi répétitif qu’à l’accoutumée et également toujours aussi faible techniquement. Certes, la direction artistique parvient à camoufler un volet technique peu reluisant, mais qui assure néanmoins une fluidité satisfaisante (60 images par seconde sur PS4 et Xbox One contre 30 sur Switch). Mais sur la petite dernière de Nintendo, si jouer avec la console dockée et en solo permet d’afficher des packs d’une générosité similaire aux versions plus musclées, le soufflet retombe sensiblement en passant en mode portable et / ou en multijoueur local. “Un seul soldat vous manque et tout est dépeuplé” est un adage particulièrement vrai pour un Musou, qui repose pour beaucoup sur les sensations éprouvées en fauchant une armée entière d’un seul coup de lame. Alors quand il en manque la moitié, le ressenti s’en trouve notablement impacté, allant parfois même jusqu’à rendre compliquée l’obtention des plus hauts scores.

Conclusion :

Samurai Warriors 5 ne réinvente pas la roue, mais il la cisèle si bien qu’elle roule mieux que jamais. C’est en substance la phrase qui pourrait résumer le mieux l’essence du petit dernier de chez Omega Force. Il faut bien avouer qu’après autant d’itérations de la formule, un ratage aurait été surprenant. Mais en l’état, le challenge est parfaitement relevé et saura indubitablement séduire les fans de la recette maison, débarrassée de toute licence intrusive et pourtant loin d’être avare en personnalité. Son character design flambant neuf et son nouvel enrobage chatoyant s’avèrent séduisants et appuient d’une fort belle manière le travail fourni au niveau de la rythmique hypnotisante des mécaniques de jeu. Jouer la sécurité aura finalement été un pari gagnant pour le studio nippon, qui accouche d’une copie certes conventionnelle, mais disposant de nombreux arguments pour en faire le parfait jeu de l’été. Méfiance toutefois à ceux qui souhaitent s’adonner aux joies du défouraillage sur la console de Nintendo. Samurai Warriors 5 sur Switch, en mode portable et / ou en multijoueur local, c’est comme les rues de Paris pendant les vacances : beaucoup moins peuplé.

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Trailer du jeu :