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Article réalisé à partir d’une version commerciale Switch fournie par Koch Media.

Est-il encore nécessaire de présenter la série des Musou, débutée à la fin des années 90 sur Playstation 2 ? Avec sa grosse cinquantaine de jeux, difficile d’être passé à côté du concept, surtout depuis son explosion entérinée en occident avec un certain Hyrule Warriors et ayant occasionné un nombre impressionnant de collaborations avec d’autres franchises, de One Piece à Berserk en passant par la case Persona. Pendant de longues années, les deux branches historiques, Dynasty Warriors et Samurai Warriors, ont ainsi été mises de côté, Koei Tecmo préférant privilégier les associations plus porteuses, le temps de revoir une formule à bout de souffle. Et pour cause, sa dernière tentative de modernisation s’est révélée être un cuisant échec, avec un Dynasty Warriors 9 qui jouait la carte du monde ouvert sans succès. Le studio nippon est toutefois revenu à ses premières amours l’été dernier, avec Samurai Warriors 5, un retour aux sources flamboyant que nous avions vivement apprécié. Un succès qui ne semble pourtant pas effacer l’humiliation de la branche chinoise puisque notre sujet du jour, Dynasty Warriors 9 Empires, n’est pas la refonte espérée mais sa déclinaison orientée gestion. Les développeurs de Omega Force ont-ils toutefois capitalisé de leurs erreurs ou peut-on dire que l’histoire se répète ?

Li Dian des jeunes

Pour ceux qui ne connaissent pas la branche Empires de Dynasty Warriors, commençons par faire un rapide tour de propriétaire. Dynasty Warriors 9 Empires est un titre qui reprend l’immense majorité des assets du dernier opus de la série principale, tout en y incorporant une couche de gestion. Les combats à un contre dix mille qui ont fait la renommée de la franchise y sont toujours d’actualité, mais plus question d’enchaîner le découpage de troupes adverses gratuitement. En effet, le titre espace les séances de bourre-pif avec des phases de conseil de guerre laissant le joueur développer une stratégie de gestion de son royaume. Il peut peut choisir d’incarner, au choix, l’une des illustres figures de proue de la franchise et directement se retrouver à la plus haute position hiérarchique ou son propre avatar, créé de toutes pièces, qui doit alors choisir son affiliation et prendre du galon au fil du conflit. Ou choisir de planter un petit couteau dans le dos au moment qu’il choisira le plus opportun. Le travail sera de longue haleine, puisque chaque scénario proposé, inspiré d’étapes marquantes de l’histoire, s’étale sur un maximum de 50 ans, chaque mois représentant un tour de jeu, ou jusqu’à la conquête totale du territoire.

Conqui-conqui-conquistador

Dans les faits, Dynasty Warriors 9 Empires n’usurpe pas son suffixe, puisque la partie gestion est en réalité au cœur de l’expérience. Impossible de faire l’impasse dessus et de considérer le jeu comme une simple itération supplémentaire dans la généalogie des Musous, le mode Conquête est d’ailleurs le seul disponible. L’administration territoriale prend la forme de Conseils de Guerre, durant lesquels le joueur doit dispenser ses instructions pour développer son empire. Suivant le grade choisi en début de partie et son titre à un instant T, le joueur ne dispose pas des mêmes possibilités, un troufion de base n’est évidemment pas en mesure de dicter sa conduite à Cao Cao. Réduits à de simples directives de ravitaillement (nourriture, argent, troupes), suggestions de recrutement ou entraînement de ses officiers au départ, les ordres disponibles s’étoffent au fil des affinités qui se tissent et des promotions. Progressivement, le joueur peut fourrer son nez dans des décisions plus capitales, jusqu’à pouvoir lui-même proposer des plans de développements ou suggérer les territoires à annexer. La planification s’avère être une composante essentielle, puisque les suzerains concurrents ne restent bien évidemment pas les bras croisés et cherchent eux aussi à se développer. Tempérer ses ardeurs de conquête et planifier à long terme s’avère être primordial pour quiconque souhaite s’épargner une tentative d’invasion surprise alors que les effectifs de ses troupes sont au plus bas.

L’art du Shu farci

Les combats de Dynasty Warriors 9 Empires sont, eux, dans la plus pure veine de la franchise et effectuent un rétropédalage vis à vis du monde ouvert tant décrié. Le joueur reste certes en mesure de “profiter” des résidus de l’ancienne ouverture durant les promenades de la phase de gestion, mais les enjeux y sont tellement insignifiants qu’on ne peut qu’y comprendre que Omega Force a préféré se la jouer “poussière sous le tapis”. Les escarmouches ont désormais lieu sur des champs de bataille restreints, sur des portions cloisonnées de la gigantesque carte. Exit les arènes en couloirs et bonjour les grandes plaines entourant une unique forteresse. Le rythme des batailles s’en trouve allégé et plus frénétique, le joueur n’ayant pour ainsi dire plus à vérifier quel itinéraire emprunter pour rallier un camp à l’autre bout de la carte. Côté mécaniques, les fondamentaux de Dynasty Warriors 9 restent : en plus du grappin tout craqué (légèrement remanié pour le rendre moins abusé) et de la zumba habituelle pour un Warriors (combos de frappes faibles s’achevant sur une attaque puissante et les classiques attaques Musou), la panoplie de nos guerriers comporte quatre coups spéciaux. Étourdissement, projection, frappe au sol ou attaque Musou renforcée sont autant de joyeusetés avec lesquelles il est toujours agréable de pouvoir jongler face aux adversaires les plus récalcitrants. Et puisque parfois, ça récalcitre quand même beaucoup, le joueur avisé sera ravi d’apprendre qu’il peut désormais compter sur quatre emplacements de tactiques, utilisables pour assigner et déclencher de nombreuses capacités d’attaque, de soins ou de buffs se rechargeant au fil du massacre.  

Dynasty Warriors 9 EnMieux

Quid de l’aspect stratégique de Dynasty Warriors 9 Empires, au final ? En un mot comme en cent, force est de constater que si les escarmouches sont sans doute encore plus bordéliques que d’habitude, elles nécessitent aussi plus de finesse qu’à l’accoutumée. La partie gestion impacte clairement les combats, et partir guerroyer en infériorité numérique, entre autres, est une réelle hallebarde dans le pied. Les tactiques secrètes, des plans exigeant l’accomplissement de certains objectifs durant les combats, sont également de bons moyens de renverser la vapeur pour les deux camps, et requièrent une plus grande vigilance de la part du joueur lorsqu’il s’agit de contrecarrer les fourberies d’en face. Un peu moins de muscles et un peu plus de cerveau, telle est la voie que Dynasty Warriors 9 Empires a choisie en oxygénant ses batailles frénétiques. Et puis, pouvoir se créer sa petite armée d’unités personnalisées et écrire sa propre fanfiction dans l’univers des Trois Royaumes, ça fait toujours son petit effet. Force est de constater que le recyclage des assets de Dynasty Warriors 9 a finalement moins mal tourné que ce que l’on aurait pu craindre. Toutefois, le bilan positif reste à pondérer. Le problème le plus évident reste le volet technique, à plus forte raison sur Switch où la végétation pop scandaleusement fort, où les textures sont franchement crades et où le framerate est aussi stable qu’un ivrogne en fin de soirée sur une plaque de givre. Autre énorme point noir, le titre est tout simplement dépourvu de tutoriel sur sa partie gestion, et se contente d’encadrés rudimentaires. Rien que l’expérience de quelques parties et de nombreux tâtonnements ne peuvent résoudre, mais ce rendez-vous manqué reste incompréhensible pour un jeu qui se targue de proposer une dimension stratégique plus poussée. 

Conclusion :

Passé à la moulinette de la stratégie et débarrassé des expérimentations d’ouverture de son aîné, Dynasty Warriors 9 Empires s’avère être un titre solide, à condition de pouvoir se contenter d’une partie technique peu engageante. Certes ça n’est toujours pas le meilleur Musou de l’univers et il ne réinvente absolument pas une recette usée jusqu’à la toile. Il repose après tout sur les fondations de l’épisode le plus cassé d’une série qui compte quelques beaux coups d’épée dans l’eau. Malgré tout, le rééquilibrage et les divers retours en arrière effectués sur la formule initiale parviennent à transformer un recyclage qui partait pourtant mal en expérience finalement sympathique à défaut de tout révolutionner. Les amoureux apprécieront de retrouver cette douce sensation d’abandon total si réjouissante, agrémentée d’une dimension stratégique, certes légère, mais dont les tenants et aboutissants sont loin d’être aussi anecdotiques qu’on pourrait le croire. Pour eux, et ils le savent très bien, ce sont des dizaines d’heures de découpage de sbires (et quelques unes supplémentaires passées à modéliser toute sa famille) qui les attendent. Pour les autres, hé bien… à l’Est, rien de nouveau.

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Trailer du jeu :