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Stardew Valley

Stardew Valley est le projet un peu fou d’une unique personne, Eric “ConcernedApe” Baronne. Déçu de la tournure prise par la série Harvest Moon, ou Story of Seasons sur ses itérations les plus récentes, ce dernier a juré de créer sa propre relecture du mythe de la tubercule qui pousse. C’est donc édité par Chucklefish, papa de Starbound et autre Wargroove, que Stardew Valley tente de rattraper, voire dépasser, son illustre prédécesseur. Et en l’occurrence, on peut difficilement dire qu’il s’est planté.

Les céréales, c’est réel

Stardew Valley, c’est un peu ce dont on rêve tous. Employé de bureau qui subit sa vie plus qu’il n’en profite réellement, le personnage que l’on incarne craque et décide un beau jour de tout plaquer pour partir s’installer dans le vieux corps de ferme hérité de son grand-père. Mais avant de pouvoir scarifier la terre de notre premier coup de bêche, il faut tout d’abord commencer par créer un avatar. Malgré une direction artistique minimaliste et colorée, orientée 16-bits tout en pixels, les possibilités sont nombreuses et permettent de créer facilement un personnage à la carte : couleur de peau, de cheveux, vêtements, coiffure, … tout y passe, y compris les propositions les plus extravagantes. Un dernier choix à effectuer, celui du type de terrain pour votre ferme, impactant quelque peu le type d’activité qu’il faudra favoriser, et nous voilà enfin prêt à tirer un trait sur notre vie de citadin.

Située en périphérie de la petite bourgade de Pelican Town, dans la vallée de Stardew, l’exploitation familiale inhabitée depuis des années est littéralement envahie par les débris et la végétation. C’est donc armé de quelques outils rudimentaires et d’une poignée de graines de navet que l’on fait nos débuts dans le monde merveilleux de l’agriculture. Un peu à tâtons, puisque le jeu prône la découverte et l’expérimentation, distillant simplement quelques conseils et indications au joueur débutant au travers de quelques quêtes faisant office de tutoriel avant de lui laisser un quartier-libre quasiment immédiat. Fébrilement, on entreprend le défrichage du sol arable, fauchant les mauvaises herbes et brisant les morceaux de roche afin de planter nos premier semis. Chaque coup de faux, de hache, ou autre outil est également l’opportunité d’engranger les points d’expérience nécessaires à l’affinement de nos talents d’agriculteur, utiles à la fois pour développer de nouvelles recettes d’artisanat et amoindrir la fatigue occasionnée. En effet, la principale limite de nos activités quotidiennes prend la forme d’une barre d’énergie, inexorablement rabotée par les efforts fournis par notre fermier, puisqu’il faut dormir, et donc passer au jour suivant, ou manger pour la recharger. Mais puisque le travail de ferme seul n’occupe au départ pas l’équivalent d’une journée (environ 17 minutes), autant investir ce temps disponible dans les nombreux à-côtés que propose le jeu.

L’amour est dans le pré

Comme le modèle qui l’a inspiré, le jeu de ConcernedApe ne se contente pas de la simple gestion de ferme et lorgne clairement du côté d’Animal Crossing. A ce titre, l’une des premières tâches qui nous incombe est de se présenter auprès des habitants du hameau voisin. Constitué de tout un florilège de stéréotypes, chacun doté de sa personnalité, de son histoire et de son rôle au sein de la communauté, le village de Pelican Town est évidemment chaleureux et les autochtones se révèleront dans l’ensemble plutôt attachants, à défaut de briller par leur originalité. Si la plupart d’entre eux se contentent de ponctuer nos journées de petites quêtes consistant le plus souvent à leur apporter divers objets contre récompense, certains se montreront indispensables à notre progression de par les services qu’ils proposent. Forgeron améliorant nos outils, épicier vendant des graines et achetant notre récolte ou encore menuisière proposant divers services d’agrandissements ou d’améliorations de notre ferme sont de précieux alliés qu’il conviendra de mettre à contribution pour notre conquête des rayons fruits et légumes. Il est également possible de tisser des liens extra-professionnels avec la totalité des habitants. Améliorer nos relations avec eux se résume toutefois uniquement à leur offrir des cadeaux qui leur plaisent deux fois par semaine, mais l’on sera souvent récompensé par quelques courtes cutscenes développant leur personnalité, divers cadeaux ou encore des schémas de craft. À terme, notre avatar pourra même passer la bague au doigt de l’une ou l’un des douze prétendants potentiels que compte le jeu et fonder une famille. Si ce contenu est totalement facultatif, il est indubitable qu’il apporte un charme tout particulier au jeu.

Le temps, c’est du blé

Au delà de cet aspect social déjà chronophage, Stardew Valley est une véritable corne d’abondance d’activités annexes. Au fil du temps et de l’évolution de nos relations, de nouvelles zones deviennent accessibles, notamment une mine abandonnée à explorer, regorgeant de monstres et de gisements, ou encore l’ancien centre communal à réhabiliter afin de débloquer encore plus de contenu ou d’optimiser l’ancien. Un fort aspect collectionnite se révèle alors, ajoutant encore de nouveaux éléments à intégrer à notre emploi du temps déjà bien garni. Ainsi, le calendrier, riche en évènements de surcroît, défile à une vitesse démoniaque, et l’on se rend rapidement compte qu’il va falloir mettre en place des routines bien calibrées pour tirer le meilleur de chacune de nos journées.

Et c’est précisément sur ce point que se situe tout le paradoxe de Stardew Valley. Il est certes envisageable de profiter du jeu paisiblement, à son rythme, mais la courte durée des journées couplée à la faible longévité de la barre d’énergie finit par transformer le jeu en une course contre la montre perpétuelle, où l’optimisation est la règle d’or. Il est également indispensable de prendre en considération sa nature forcément redondante, étant intégralement basé sur un modèle cyclique, avec son lot de tâches quotidiennes qui pourront sembler rébarbatives à certains. Sa propension à nous laisser essayer les choses pour les comprendre peut également se révéler à double tranchant. En effet, certaines mécaniques de jeu pas forcément clairement expliquées, notamment lors de la transition entre deux saisons, peuvent en faire voir des vertes et des pas mûres à quiconque souhaite pratiquer l’agriculture en dilettante.

Conclusion

Stardew Valley est une véritable bulle d’air dans la production actuelle, manquant cruellement de représentants de jeux de simulation agricole de qualité. Sans réinventer totalement le genre, la proposition de Eric Baronne reste suffisamment riche et profonde pour titiller la fibre de ceux qui voient la vie en vert, et plantera assurément ses graines dans le coeur des amoureux de la nature en manque depuis trop longtemps. Mais il ne faut pas pour autant occulter le fait que le titre pourra sans doute laisser sur le carreau ceux qui n’y voient qu’une innocente adaptation de Farmville version RPG ou les allergiques à la répétition de tâches simples. Reste donc un titre généreux, addictif au possible qui engloutira probablement bon nombre d’heures de sommeil à ceux qui se lancent dans l’aventure en connaissance de cause. A noter qu’un mode coopération a récemment été ajouté au jeu, permettant de partager son amour immodéré de la bonne patate. Allez, juste une dernière petite journée, et dodo.

 

Trailer du jeu :

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