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Article réalisé à partir d’une version commerciale Switch fournie par Koch Media.

Après un Ryza 2 jouant la carte du retour en fanfare d’une ancienne héroïne en guise de protagoniste, les spéculations des fans allaient bon train. C’est finalement sur Sophie, l’une des alchimistes les plus appréciées de la franchise, que le choix de Gust s’est arrêté pour le 23ème épisode de sa franchise phare. Comme son nom l’indique, Atelier Sophie 2 : The Alchemist of the Mysterious Dream est la suite du titre paru en 2015. On y retrouve Sophie Neuenmuller et sa fidèle Plachta, sept ans après leur dernières aventures. L’alchimiste en culottes courtes a pris du galon, mais n’a rien perdu de l’esprit intrépide qui l’anime, pour le plus grand plaisir des amateurs qui ne demandent qu’à replonger des heures durant la tête la première dans le chaudron. La formule dispose-t-elle des bons ingrédients pour faire recette ?

Sophie d’avant

Comme souvent dans les J-RPG, Atelier Sophie 2 : The Alchemist of the Mysterious Dream débute sur un voyage. Sophie, jeune alchimiste du village de Kirchen Bell, a décidé de partir à l’aventure pour accomplir les deux objectifs qu’elle s’est fixée durant ses précédentes aventures. La jeune fille, restée fidèle à elle-même, souhaite toujours devenir une alchimiste diplômée pour marcher sur les traces de sa grand-mère et permettre à Plachta, son amie et mentor pourvue d’un corps synthétique de retrouver son humanité. C’est au beau milieu d’une forêt verdoyante que nous retrouvons les voyageuses, venues inspecter un arbre gigantesque que Plachta a vu en rêve. Seulement voilà, les forêts de jeux de rôle japonais étant ce qu’elles sont, on ne les traverse jamais sans encombre. Et ça n’a pas loupé, puisque les deux jeunes filles se trouvent aspirées contre leur gré à travers un mystérieux portail débouchant sur Erde Wiege, le pays des rêves. A son réveil, Sophie réalise que son amie est introuvable et qu’elle se retrouve coincée dans un monde inconnu aux règles sensiblement différentes du sien. Sa nouvelle aventure à la recherche de sa camarade et de réponses sur les raisons de sa présence dans cet univers onirique va pouvoir commencer.

Atelier à ta manette

Pour ceux qui ne connaissent pas la franchise des Atelier, commençons par poser quelques bases. Atelier Sophie 2 partage l’ADN de ses prédécesseurs et propose une aventure douce et sucrée, reposant sur un scénario léger ne laissant paraître aucun enjeu démesuré et faisant la part belle à la récolte de composants et au craft. La direction artistique des titres de la série se veut également plus proche de l’arc-en-ciel pastel, avec une bande-son au diapason. Pour autant, malgré leurs airs de balade bucolique, ils recèlent de nombreux systèmes, permettant aux maniaques de l’optimisation de fabriquer des objets toujours plus efficaces.  Le craft est au cœur de l’expérience, à la fois pour progresser dans un scénario exigeant de nombreux aller-retours à l’atelier, mais également pour mettre son équipement régulièrement à jour, seul moyen de survivre face aux boss qui ne manqueront pas de rappeler ponctuellement leur statut aux joueurs les moins bien préparés. Les titres de la franchise s’avèrent donc être des expériences profondes, généreuses et addictives pour les joueurs à la recherche d’une autre approche et capables de composer avec une technique pas forcément à l’avenant, mais souvent estompée par un enrobage efficace.

Après la pluie, le beau temps

Dans la plus pure des traditions de la franchise, Atelier Sophie 2 articule sa structure entre trois axes principaux. En bon J-RPG, l’exploration constitue une part importante de l’aventure. Pas de monde ouvert ici, on revient sur une formule à l’ancienne, avec des zones réduites et cloisonnées, regorgeant de ressources et de monstres en tout genre. Pas de grappin ou de monture non plus pour Sophie, les vadrouilles du groupe reviennent à l’essentiel et s’effectuent exclusivement à pied. Les quelques donjons que comptent le jeu en reviennent eux aussi à des considérations plus classiques et se débarrassent des séquences d’archéologie light de son grand frère. Pour autant, le titre ne se résume pas simplement à enchaîner les zones en glanant les ingrédients au pas de course puisqu’un nouveau système de contrôle météorologique fait son apparition. La météo de Erde Wiege est figée, mais de nombreuses stèles parsèment le terrain de jeu, permettant à Sophie de modifier radicalement les conditions climatiques. Rien de mieux qu’un bon coup de soleil pour assécher une rivière impossible à traverser, de même qu’un bon froid hivernal permettra de franchir un pont brisé une fois les voies d’eau gelées. Attention toutefois, les charges élémentaires ne sont pas illimitées, il faudra régulièrement les recharger entre deux explorations. Heureusement, l’alchimie de Sophie a réponse à pratiquement tout.

Do it yourself

Gros morceau de chacun des titres de la franchise, l’alchimie de Atelier Sophie 2 est le vrai cœur du jeu. Le craft n’a rien d’un petit jeu annexe et constitue la seule façon viable d’équiper ses troupes. La progression dans le scénario elle-même exige la fabrication d’objets spécifiques à de nombreux moments clés. Heureusement, Gust a généralement le bon goût de doter ses créations de systèmes suffisamment riches et profonds pour donner envie de plonger dans la marmite des heures durant. Pour Sophie 2, la formule s’avère plus simple qu’il n’y paraît. Toute création nécessite sa recette, qu’il faut découvrir au préalable en s’acquittant de quelques bases besognes. Récolter une ressource spécifique, fabriquer un autre objet, tuer X ennemis ou utiliser une attaque ou un objet en combat sont autant de sésames vers les tréfonds des multiples arbres alchimiques. Une fois la recette convoitée en poche et sélectionnée, le joueur peut choisir ses ingrédients, qu’il doit ensuite disposer sur une grille de cinq cases sur cinq. Aucune pression, une création ne peut de toute façon pas rater et il est tout à fait possible d’automatiser les choses. Mais c’est lorsqu’il s’agit de créer les meilleurs objets que ça se corse. Progressivement, de nouvelles possibilités s’ajoutent au tronc commun et il faut alors tenir compte de nombreux paramètres, comme la qualité des ingrédients, leurs traits, le nombre de liens entre parties brillantes de ses éléments, le choix du catalyseur utilisé ou la taille de la grille. En clair, l’alchimie de Atelier Sophie 2 s’avère aussi simple à apprendre que difficile à maîtriser, et exige une bonne dose de réflexion à quiconque souhaite obtenir les outils pour récolter des composants toujours plus rares ou s’en sortir en un seul morceau face aux boss les plus récalcitrants.

“Tu veux la voir de plus près, ma marmite ?” 

Derrière ses airs de jeu mignon et inoffensif , Atelier Sophie 2 n’hésite jamais très longtemps à sortir les griffes. Facilement esquivables, les combats sont pourtant un passage obligatoire pour augmenter le niveau de ses troupes ou obtenir de nouveaux ingrédients. Tout repose sur un tour par tour plutôt classique, durant lequel le joueur dispense ses instructions (attaque simple, utilisation de compétence ou d’objet et défense). Mais Gust n’aime pas se satisfaire des mécaniques basiques et enrichit la formule de quelques fonctionnalités maison. Tout d’abord l’équipe est ici constituée d’un maximum de six membres, trois sur la ligne de front, et trois en soutien. Ceux restés sur le banc peuvent intervenir, au prix de quelques Technical Points, pour encaisser une attaque à la place d’un autre personnage ou pour enchaîner l’utilisation de deux compétences à moindre frais durant une offensive. Dans les deux cas de figure, l’intervenant remplace l’assisté sur la ligne de front. De plus, une seconde jauge autorise l’utilisation d’attaques combinées dévastatrices une fois chargée. Les affrontements de base ne posent jamais de réelle difficulté, même avec un équipement à la traîne. Pourtant, passé le premier quart de l’aventure, la formule prend une tout autre tournure avec des ennemis prompts à revêtir diverses formes d’auras élémentaires. Sachant qu’elles atténuent grandement les assauts du groupe et que leur destruction provoque une fenêtre de vulnérabilité, débarrasser ses ennemis de leurs auras devient rapidement la priorité. Mais attention à bien utiliser les compétences adaptées sous peine de subir une contre-attaque brutale. Les boss jouissent bien évidemment des effets de nombreuses auras, ne manquant pas de provoquer des combats souvent tendus. Disposer d’un équipement solide n’est alors plus une option, même avec l’appui des compétences météorologiques disponibles durant les affrontements clés.

Les malheurs de Sophie

Avec ses systèmes riches et attrayants, son gameplay simple mais engageant, on pourrait donner le bon dieu sans confession à Atelier Sophie 2. Pourtant, le vingt-troisième Atelier n’est pas exempt de défauts plus ou moins agaçants. A commencer par sa technique de jeu AA, habituelle pour le studio Gust. Certes, il tourne sans coup férir sur Switch et s’avère loin d’être immonde, mais sa direction artistique joue pour beaucoup. On ne peut que se prendre à rêver ce dont ses géniteurs seraient capables avec de plus amples moyens. Second problème plus gênant pour certains, une narration qui repose essentiellement sur des interactions légères entre ses personnages. Et ils parlent beaucoup, et pas toujours pour dire grand chose. De plus, n’étant disponible qu’en anglais, il se coupera naturellement d’une partie de son public. Il faut croire que Ryza 2, pourtant intégralement traduit, n’a pas soulevé les foules. Autre petit écueil, le titre manque parfois de transparence et peut poser problème durant les phases de collecte d’ingrédients. Le joueur peu vigilant peut ponctuellement se retrouver à tourner en rond à chercher un composant précis, alors que la seule chose qu’il lui manque est simplement l’outil doté d’un niveau de compétence adéquat. Les combats ont également tendance à trop se reposer sur la mécanique des auras, qui finit par devenir un peu trop routinière pour son propre bien. Enfin, dernier point de clivage potentiel, ce qui est à la fois la grande force de la série est également sa plus grande faiblesse. S’adonner à Sophie 2 requiert une bonne dose de farm et exige de se plonger dans les méandres de l’alchimie. Il est donc peu probable que les joueurs qui n’ont aucune affinité avec ces paradigmes se réconcilient avec les plaisirs simples de la fabrication maison grâce à Sophie, aussi jolie et gentille qu’elle soit.

Conclusion

Pour son vingt-troisième Atelier principal, Gust rend une copie de qualité. Si Atelier Sophie 2 : The Alchemist of the Mysterious Dream ne réconciliera sans doute ni les fans nostalgiques des Atelier à l’ancienne, ni les réfractaires au farming, à l’artisanat et au tour par tour avec la formule, le titre s’avère être l’un des représentants modernes de la série les plus recommandables. Son côté feel good assumé, sa direction artistique colorée et ses mécaniques qui s’affinent avec le temps, ouvrant des possibilités simplement vertigineuses sans sombrer dans la complexité débridée, le propulsent instantanément au panthéon des J-RPG avec lesquels il faut compter. L’alchimie y est plus addictive que jamais, et parvient à maintenir l’intérêt sur le long terme, malgré un volet pugilistique plus redondant. Il est à déplorer qu’il ne soit malheureusement disponible qu’en anglais, malgré la tentative Ryza 2 qui avait pourtant joué la carte de l’ouverture avec un budget localisation plus conséquent. Il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour que la série finisse par conquérir suffisamment de nouveaux apprentis alchimistes pour prétendre à la notoriété qu’elle mérite.

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Trailer du jeu :